Yachigashira, mon amour

Ceux qui me suivent sur Twitter ou Instagram ont sans doute déjà vu, et peut-être à plusieurs reprises, la photo suivante :

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Port de Sumiyoshi, août 2016

Il s’agit d’une vue du cap Tachimachi, prise depuis le petit port de pêche de Sumiyoshi. Je viens souvent ici, surtout quand je ressens besoin de prendre l’air. Je m’assois sur le petit muret surplombant la mer, je laisse mes jambes pendre dans le vide et ne pense à rien d’autre qu’au paysage qui s’étend devant moi. L’été, j’observe les surfeurs défiant les vagues ou les pêcheurs à la ligne installés un peu plus loin, des vieux ou des gosses avec leur père. Le reste du temps, il n’y a quasiment jamais personne ici.

J’aime cette partie de la ville, à mi-chemin entre les quartiers de Yachigashira et de Hōrai-chō, coincée entre la mer et la montagne. Ce quartier de vieux pêcheurs, où l’on dirait que le temps s’est arrêté. Ici, ce sont surtout l’atmosphère et le paysage qui valent le détour.

 

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Entrer une légende

Les rues de Yachigashira sont tranquilles sans pour autant être désertes. Les marchandes papotent entre elles devant leur magasin, assises sur de petits tabourets. La patronne du café donne du pain aux moineaux. Chez le marchand d’alcool, c’est la réunion des petits vieux qui fument en regardant la télé.

 

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Port de Sumiyoshi, septembre 2016

Cette atmosphère de tranquillité, Yachigashira la doit à sa position géographique. Bordé par le mont Hakodate et par la mer, le quartier s’est construit dans un ancien cratère. Cet enclavement donne à Yachigashira l’apparence d’un village dans la ville, et explique sans doute l’atmosphère particulière qui y règne.

 

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Le quartier Yachigashira, avril 2016

Le soir, la nuit y est plus noire que dans d’autres quartiers de Hakodate. Il y fait aussi plus frais, et il passe très peu de voitures. De nuit comme de jour, on se sent apaisé à Yachigashira. Le quartier a aussi son petit côté sauvage, puisque l’hiver, les renards affamés descendent parfois de la montagne pour chercher de quoi se nourrir.

À visiter

Le cap Tachimachi (Tachimachi misaki, 立待岬)
Le cap Tachimachi est situé à environ 15 à 20 minutes de marche de l’arrêt de tram. Il doit son nom à la langue aïnou, et s’appelait à l’origine « yokoushi », ce qui signifie « le lieu où l’homme attend pour attraper du poisson », d’où le japonais « tachimachi » de tatsu (se situer, se trouver, être debout) et matsu (attendre).

 

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Cap Tachimachi, juillet 2015

La montée qui mène au cap Tachimachi est bordée d’un cimetière dans lequel se trouve notamment la tombe d’Ishikawa Takuboku, poète maudit ayant vécu quelques temps à Hakodate avant de mourir, à 26 ans, de la tuberculose.

 

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Montée pour se rendre au cap Tachimachi, janvier 2016

Par beau temps, on a une vue panoramique sur la ville de Hakodate mais aussi sur le détroit de Tsugaru. Parfois, on peut même apercevoir Honshū, la principale île du Japon. J’aime y aller l’hiver, car les voitures ne peuvent y accéder et il n’y a quasiment jamais personne.

 

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Yachigashira et Sumiyoshi vus depuis la montagne, juin 2016

L’été, si vous en avez le courage, il est possible de redescendre par la route de montagne que doivent emprunter les voitures. C’est un peu plus long, mais entre les arbres vous avez parfois de bonnes vues sur le quartier. De plus, cette route amène directement au sanctuaire Hakodate Hachiman-gū.

Hakodate Hachiman-gū

 

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L’entrée du Hachiman-gū, février 2017

 

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Hakodate Hachiman-gū, février 2017

Une bonne volée de marches en pierre, parfois branlantes, mène à ce sanctuaire shintō. Lors du festival du Hakodate Hachiman-gū, qui a lieu tous les deux ans autour du 15 août, des chevaux montent cet escalier qui compte 134 marches. Et s’ils le peuvent, vous le pouvez aussi ! Depuis l’escalier, la vue sur le quartier Yachigashira, avec la mer qui se profile au loin, est tout simplement splendide.

 

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Vue sur Yachigashira en redescendant du sacnctuaire, septembre 2016

Autrefois situé dans le quartier Motomachi, le sanctuaire shintō a été détruit par un incendie en 1878 et deux ans plus tard, il a été transféré à son emplacement actuel, au bout de la rue qui tourne à droite après le terminus de tramway.

Yachigashira onsen
Cette source d’eau chaude est l’une des plus emblématiques de Hakodate. Été comme hiver, à toute heure de la journée, vous pouvez croiser dans la rue des personnes s’y rendant, portant leurs affaires de bain sous le bras.

 

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Le bain pour femme, Yachigashira onsen, avril 2016

L’eau du Yachigashira onsen est chargée en fer, ce qui lui donne sa couleur brune. Et quand vous en ressortez, vous avez la peau toute douce pour trois jours ! Le bain extérieur, en forme d’étoile pour représenter la forteresse de Goryōkaku, est aussi très agréable.

Enfin, sachez qu’un petit sanctuaire shintō bien particulier se trouve près de l’établissement de bains. Saurez-vous le trouver ?

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Le parc Hakodate-kōen

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Parc Hakodate-kōen, juin 2016

Ce parc n’est pas dans le quartier Yachigashira, mais dans celui d’Aoyagi-chō, tout proche. C’est sans doute le deuxième lieu le plus populaire de Hakodate pour la contemplation des cerisiers, mais il est aussi agréable de s’y promener en toute saison.

 

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Hakodate-kōen, février 2017

Sur ce parc, on trouve le musée de la ville de Hakodate mais aussi un petit parc d’attraction très rétro qui peut être amusant pour des enfants… ou pour des amateurs de photos !

 

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Parc d’attractions, Hakodate-kōen, juin 2016

Cafés et restaurants
Si vous avez besoin d’une petite pause, je vous suggère de vous arrêter au café Classic ou au café Laminaire. Et si vous cherchez de bons sushis, je vous recommande Edo Matsu.

Café Classic

 

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Café Classic, septembre 2016

Si vous ne voyez pas ce café sur votre chemin, vous l’entendrez : c’est le rendez-vous des moineaux du quartier, qui viennent y piailler été comme hiver ! Le café Classic est ouvert depuis un peu plus d’un an, et ses jeunes propriétaires sont sympathiques sans pour autant être trop intrusifs.

 

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Le croque-madame du Café Classic

La carte du café Classic vous propose bien sûr café et thé, mais aussi de délicieux gâteaux. Le soir, vous pouvez y manger sur le pouce et y prendre un verre.

Laminaire

 

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Café Laminaire, octobre 2016

Saviez-vous que « laminaire » est le nom français du konbu, l’algue que l’on utilise pour préparer le bouillon dashi ? Yukari, la patronne du café, adore la France et a choisi de nommer ainsi son café qui se trouve face à la mer. Elle adore aussi les chats, le vin, fumer et lire, et c’est une femme au fort caractère, vraiment intéressante.

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Mer d’hiver (janvier 2017), vue depuis le café Laminaire

On pourrait rester des heures à Laminaire, à regarder par les grandes baies vitrées les mouettes voler au-dessus de la mer. L’été, il y a une petite terrasse où il est possible de venir avec son chien. C’est calme, le café et les gâteaux sont délicieux, la vue est belle, la patronne est sympa… que demander de plus ?

Edo Matsu Sushi
Ne vous laissez pas rebuter par l’aspect revêche du chef, vous passeriez à côté d’une extraordinaire expérience culinaire et culturelle. Les sushis sont devenus un plat courant, à tel point que l’on pourrait oublier que leur préparation, bien exécutée, est un art.

 

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Edo Matsu Sushi, Yachigashira, Hakodate

Chez Edo Matsu, le chef est là pour vous guider dans vos choix et dans votre façon de manger. Cela a un prix, 6 000 yens pour un dîner (alcool compris), mais cela les vaut.

Comment se rendre à Yachigashira

 

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Tramway se rendant à Yachigashira

Deux lignes de tramway circulent à Hakodate. L’une fait Yunokawa-Dokkumae et repart en sens inverse, Dokkumae-Yunokawa. L’autre fait Yunokawa-Yachigashira / Yachigashira-Yunokawa. Il suffit donc de prendre le tramway direction Yachigashira, et de descendre au terminus.

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Scène du film « Over the fence », avec Odagiri Joe à bicyclette, Aoyagi-chō (prise sur le site Hakobura)

Mais vous pouvez aussi descendre à l’arrêt précédent, Aoyagi-chō. C’est un endroit très apprécié des amateurs de photographie et des réalisateurs de films.

 

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Port de Sumiyoshi, juillet 2015

Peu de touristes visitent Yachigashira, et pourtant c’est à mon sens l’un des quartiers les plus représentatifs de la ville, parce qu’il est à la fois tourné vers la mer et vers la montagne, lieux emblématiques de Hakodate. Que l’on contemple la mer depuis le cap Tachimachi ou que l’on se promène dans les rues du quartier, on se sent apaisé et inspiré par la quiétude des lieux.

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Cap Tachimachi, septembre 2015
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Nagoya, la douce oubliée

Pour inaugurer la série d’articles sur mes séjours au Japon, j’ai choisi de vous parler de Nagoya. Située entre Tokyo et ōsaka, Nagoya est, avec plus de deux millions d’habitants, la quatrième plus grande ville du Japon. Sa richesse historique est telle qu’il est possible d’y marcher sur les traces d’Oda Nobunaga, de Toyotomi Hideyoshi et de Tokugawa Ieyasu ! Pourtant, hormis pour la visite de son château, elle est injustement oubliée par les touristes occidentaux.

Atsuta jingu (熱田神宮)

L’Atsuta jingu est un sanctuaire shintoïste situé à quelques minutes à pied de la station de métro Jingu Nishi (ligne violette). Il est considéré comme le deuxième sanctuaire shintoïste le plus important, après le grand sanctuaire d’Ise, avec qui il partage un style architectural commun. Il faut tout de même noter que, comme pour beaucoup de sites historiques japonais, de nombreux bâtiments de l’Atsuta jingu ont été reconstruits après la Seconde guerre mondiale.

Sanctuaire principal, Atsuta-jingu
Sanctuaire principal, Atsuta-jingu

C’est devant le sanctuaire principal que les visiteurs secouent la cloche et se recueillent. Le jour de ma visite, il y avait de nombreux enfants en kimono venus pour la fête de Shichigosan (fête des enfants de trois, cinq et sept ans) qui se faisaient photographier devant ce sanctuaire. On pouvait également voir de nombreux parents venus pour présenter leur nouveau-né, une tradition appelée Omiyamairi (お宮参り).

Tablettes votives, Atsuta-jingu
Tablettes votives, Atsuta-jingu

À côté du sanctuaire principal se trouve la boutique d’amulettes (お守り, omamori) et de tablettes votives (ema, 絵馬) inhérente à chaque sanctuaire et temple.

Kagura-den, Atsuta-jingu
Kagura-den, Atsuta-jingu

Avec sa couleur claire qui ressort sur le ciel bleu du mois d’octobre, le Kagura-den a été l’un des éléments du sanctuaire les plus agréables à photographier.

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Le parc dans lequel se trouve le sanctuaire offre une balade agréable aux visiteurs désirant profiter d’un vaste espace vert. La pénombre des arbres doit être bien agréable lors des chauds étés japonais !

Le sanctuaire Toyokuni (豊国神社, Toyokuni jinja) et le musée commémoratif Hideyoshi et Kiyomasa

Toyotomi Hideyoshi étant mon personnage historique japonais favori, il était indispensable que je me rende dans l’arrondissement de Nakamura, où il est né. À peine sortie de la station de métro Nakamura Kôen (ligne jaune), je me sens très émue mais je suis aussi un peu perdue. Où est donc ce torii rouge qui, d’après ma carte, doit être plutôt grand. Ne le voyant pas, je demande à un homme sur le point d’enfourcher son vélo s’il sait où se trouve le Toyokuni Jinja, but de ma visite. L’homme au vélo ne peut me renseigner et je choisis de partir vers le sud. Après avoir traversé le carrefour, je me retourne et vois alors le torii, tellement grand que je n’aurais pu le voir auparavant que si j’avais levé les yeux au ciel. Je continue mon chemin, de plus en plus persuadée que je fais fausse route, et je redemande mon chemin à une fleuriste qui m’indique que je dois aller vers le nord. Je rebrousse chemin, et environ 10 minutes plus tard, me voici face à l’entrée du sanctuaire recherché.

Entrée du Toyokuni-jinja
Entrée du Toyokuni-jinja

Le sanctuaire est quasiment désert. Un couple est venu présenté son nouveau-né et un vieil homme arrête son vélo, lance rapidement une pièce, se recueille quelques secondes, enfourche son vélo et repart aussi vite qu’il est venu.

Toyokuni-jinja
Toyokuni-jinja

Dans le sanctuaire se trouve un étang et je décide de m’asseoir sur un banc quelques minutes pour reposer mes pieds fatigués. À côté de moi, un homme âgé fume une cigarette et une jeune fille toute de noir vêtue contemple l’étang en silence.

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Je décide ensuite de partir à la recherche du musée Hideyoshi et Kiyomasa. Heureusement que ma capacité de lecture en japonais me permet de lire le nom « Hideyoshi » car je crois que sans cela je n’aurais jamais trouvé le musée, qui se trouve dans le même bâtiment qu’une bibliothèque. Le musée, dont l’entrée est gratuite, présente de nombreuses pièces historiques intéressantes, principalement des documents. Malheureusement, tous les panneaux explicatifs sont uniquement en japonais.

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Le musée d’art Tokugawa

Entrée menant au musée Tokugawa
Entrée menant au musée Tokugawa

Le musée d’art Tokugawa présente les trésors de la branche Owari de la famille Tokugawa. Parmi les pièces maîtresses de ce musée figure notamment un rouleau du 12e siècle illustrant le Dit du Genji. En dehors des pièces artistiques proprement dites, on peut admirer des armes et des armures, des objets de la vie quotidienne… Certaines salles d’exposition présentent des répliques de bâtiments et de pièces du château de Nagoya : une habitation dans laquelle on pratiquait la cérémonie du thé, une scène sur laquelle des artistes jouaient des pièces de No, ainsi qu’une chambre officielle de daimyo.

Brochure du musée Tokugawa
Brochure du musée Tokugawa

Attenante au musée se trouve la bibliothèque Hôsa, qui présente aux visiteurs des livres, mais aussi des cartes et des images.

Après une visite du musée et de la bibliothèque, on peut profiter d’une agréable promenade dans les jardins du Tokugawaen

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L’entrée du jardin est payante. Si vous pensez visiter les trois éléments de cet ensemble (musée, bibliothèque et jardin), sachez que vous pouvez acheter un billet qui les combine. Pour vous rendre sur place, empruntez le métro et descendez à la station Ôzone (ligne violette).

Le château de Nagoya

Un séjour à Nagoya serait bien sûr incomplet sans une visite de son fameux château. C’est d’ailleurs le seul endroit où j’ai croisé des touristes occidentaux. Avant de vous ruer sur le château proprement dit, prenez le temps de vous balader dans les jardins situés à l’est, où vous pourrez également admirer un pavillon de thé.

Pavillon de thé du Ninomaru
Pavillon de thé du Ninomaru

La quasi-totalité du château a malheureusement brûlée lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, et c’est une « copie » du château originel que l’on peut visiter. Néanmoins, certaines parties originelles subsistent, comme la tour sud-est (Tônan sumiyagura 東南隅櫓) ou la porte omote-ninomon (表二之門). C’est par cette dernière que l’on accède au site du château lui-même. En rénovation à l’époque de ma visite (octobre 2012), la première vision que j’en ai eu fut plutôt décevante.

Château de Nagoya
Château de Nagoya

L’intérieur du château, qui présente différents objets exposés, est plutôt décevante et fut sans doute la partie la moins intéressante de mon séjour à Nagoya. À titre de comparaison, l’intérieur du château de Kiyosu, ville située à côté de Nagoya, semble plus authentique. De plus, ce château offre une vue imprenable sur Nagoya !

Château de Kiyosu
Château de Kiyosu
Statue d'Oda Nobunaga, Kiyosu
Statue d’Oda Nobunaga, Kiyosu

Miso-katsu

Durant votre séjour, n’oubliez pas de déguster le miso-katsu, tonkatsu à la sauce miso, spécialité de Nagoya. Un régal !

Miso-katsu, une spécialité de Nagoya
Miso-katsu, une spécialité de Nagoya