Vin, fromage et nature grandiose

Début octobre, j’ai testé un circuit touristique à destination des étrangers dont le thème central était le vin. Quand on parle d’alcool japonais, viennent sans doute à l’esprit le nihon-shu (ce que l’on appelle communément en France le saké), le shochû, l’ume-shu ou peut-être encore la bière, mais certainement pas le vin.

Et pourtant, le Japon est bien un pays producteur de vin, et Hokkaido figure en bonne place des régions productrices. Ici, la production de vin est très récente et seule une petite part de la production de raisin est consacrée à la vinification.

Le climat chaud et humide de l’archipel, ainsi que la nature des sols (acides), ne favorisent pas la culture de la vigne. De plus, la saison des pluies, qui a lieu en juin et juillet, tombe en plein durant la période de développement de la vigne. Combinée au peu d’ensoleillement de cette période, elle est responsable d’une acidité importante dans les raisins.

En raison du type de vigne, du climat, de la nature des sols, mais aussi de l’inclinaison des terrains et des habitudes de production (raisin de table), la culture en pergola est privilégiée au Japon. En japonais, on dit « tana-shiki », ce que l’on pourrait littéralement traduire par « culture en étagères ».

Cette pratique permet aux feuilles de pousser en hauteur, les transformant en écran de protection contre un trop fort ensoleillement ou contre la pluie. De plus, les fruits se développant en hauteur, elle permet de faciliter la récolte du raisin. De la même manière, le fait que les fruits soient en hauteur les protègent des maladies.

Comme indiqué plus haut, cette pratique s’est développée pour la production de raisin de table, et quand les Japonais ont commencé à utiliser les raisins pour produire du vin, la pratique de la culture en pergola est naturellement restée. Cette culture permet de produire des raisins plus nombreux mais moins sucrés, et se voit notamment dans le nord-est du pays.

Sur l’île d’Hokkaido (au nord), les cépages utilisés sont des cépages européens, comme le Pinot Noir ou le Chardonnay, et quasiment toute la production est destinée à la vinification. Ainsi, les producteurs locaux ont adapté leurs pratiques, et ont recours au palissage, comme en Europe. En japonais, on l’appelle « kakine-shiki », ce qui signifie littéralement « culture en haie, en clôture ». Si les hivers y sont froids et enneigés, Hokkaido bénéficie néanmoins d’un avantage par rapport aux autres régions viticoles du Japon : l’absence de saison des pluies, et une chaleur non humide en été.

Voilà, c’est fini pour ce petit exposé sur le vin au Japon. Un grand merci à mon ami Takamura-san, sommelier du restaurant La Concha à Hakodate, qui m’avait fourni toutes ces explications quand je suivais un MOOC sur le vin.

Passons maintenant au tour en lui-même et aux différentes activités qui nous ont été proposées.

Cueillette de fruits
La première étape de notre tour consistait en une cueillette de fruits dans un verger de Nanae appelé Marusan Miyata. Nous sommes tombés en pleine saison des prunes et des raisins, nous avons donc pu nous gaver de ces deux fruits.

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Le verger est assez petit, et nous en avons rapidement fait le tour. Pour des touristes français, cette activité n’est sans doute pas très intéressante, mais cela peut être un bon moyen d’occuper des enfants.

Visite de Hakote Wine Factory

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Le kanji « Hako » (函) de Hakodate a été stylisé pour y faire apparaître le mot vin (ワイン)

L’amoureuse du vin que je suis avait bien évidemment déjà dégusté le vin rouge Hakodate Wine. Mais pour être honnête, je ne l’avais pas aimé, car je ne lui avais pas trouvé assez de profondeur. Je ne m’attendais pas à grand-chose en visitant l’usine, mais l’un des vins m’a bluffée.

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Alors que nous visitions l’usine, notre guide a évoqué un vin conservé dans des conditions bien particulières… à 283m sous la mer, dans le tunnel Seikan ! (le tunnel sous-marin qui relie Hokkaidô et l’île de Honshû.) Cette cave à vins est actuellement la plus profonde du monde.

Bien évidemment, cela a attiré l’attention de tous les participants au tour, et notre guide nous a offert de goûter la version rouge de ce vin. Verdict : un vin corsé comme je les aime, qui n’a rien à voir avec le vin rouge ordinairement vendu. Et pourtant… Il s’agit bien du même vin ! Seules les conditions de stockage changent.

Ce vin est offert à la vente chaque année en décembre, en quantité limitée (environ 3000 bouteilles). On peut l’acheter à l’usine bien sûr, mais aussi dans leur boutique près de Akarenga (les bâtiments en briques rouges) et à la gare.

Autre vin intéressant découvert, ce petit vin blanc, dont le goût se situe entre le nihon-shu et le vin blanc. Il se marie donc très bien avec le poisson ou avec les sushis et autres sashimis.

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Kerner Karakuchi (Kerner sec)

 

Lunch on Ranch
Après avoir bien bu, il nous fallait bien sûr manger ! Lunch on Ranch est un tout nouveau restaurant de pizzas, ouvert à Onuma (municipalité de Nanae) au printemps 2016. Il se trouve dans le domaine du Paard Musée.

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Les pizzas sont vraiment délicieuses et reflètent bien toute la richesse des produits de Hokkaidô : crème, porc, pommes… j’ai retrouvé ici le goût de ma Normandie natale ! La décoration du restaurant n’est pas très élaborée, mais il y a une jolie terrasse qui vous permet de voir le mont Komagatake par beau temps.

Paard Musée
Comme nous étions sur place, nos prochaines activités se sont déroulées au Paard Musée (パド・ミュゼ), un centre dédié au cheval. Deux activités nous ont été proposées : une balade en Segway et une activité « découverte » du cheval.

J’ai commencé par le Segway ; c’était ma toute première expérience avec cet engin. Après une explication sur le fonctionnement du Segway, notre instructeur (un jeune homme de Hong-Kong un peu timide mais très sympathique) nous a fait faire un petit test, puis nous sommes partis rouler à travers le domaine.

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Il nous a très bien expliqué les endroits que nous avons visités, et nous a même permis de regarder un coin non ouvert au public, une petite fabrique de sirop d’érable. J’ai vécu longtemps au Québec et la tire d’érable est un de mes bons souvenirs. C’est vraiment dommage qu’aucune activité ne soit proposée autour de ce thème, je suis certaine que ça serait un grand succès !

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Ume, cheval de race Dosanko

La seconde activité était ce qu’ils appellent le « Hands-on horse », une activité de 30 minutes destinée aux personnes n’ayant aucune connaissance du cheval. J’ai fait du poney quand j’étais à l’école primaire, mais j’ai toujours eu une peur bleue des chevaux et je n’en garde pas un bon souvenir. J’appréhendais donc cette activité, mais tout c’est très bien passé.

Lors de l’activité « Hands-on horse », on commence par nourrir un poney, pour devenir « amis ». Ensuite, on le brosse, on lui parle, bref on apprend à se connaître un peu plus. Par la suite, on le guide à l’aide d’une longe et, si on le souhaite, on peut le monter. C’est une activité tout en douceur, qui convient aussi bien à des enfants qu’à des personnes qui, comme moi, ne sont pas rassurées en présence de chevaux.

Pour la petite information, le poney de race Dosanko a été importé de Honshû il y a 200 ou 300 ans. Le vrai nom de l’espèce est Hokkaidô Washuba (北海道和種馬). Habitué à vivre en extérieur dans un climat rigoureux, c’est un poney endurant mais aussi très doux. Il est notamment utilisé en thérapie, pour aider des personnes handicapées par exemple.

Site Internet : http://www.paardmusee.com/#page01
Prix des activités :
Segway : 4 000 yens les 50 minutes, 6 000 yens les 2h.
Cheval : 2 000 yens les 30 minutes pour l’activité « Hands-on horse » et 9 500 yens pour une randonnée de 2h30 pour les débutants.

Le geyser de Shikabe
La petite commune de Shikabe, 4 104 habitants au recensement de 2016, est surtout connue pour son geyser. Toutes les 10 minutes environ, ce dernier propulse environ 500 litres d’eau bouillante à 15m d’altitude.

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Le geyser de Shikabe

En attendant que le geyser veuille bien se montrer, il est possible de profiter d’un bon bain de pieds bien chaud. En plus de ce bain de pieds, il y a quatre onsen à Shikabe mais l’un d’entre eux, situé dans un grand hôtel, n’est accessible qu’aux clients de l’hôtel.

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La ville de Shikabe a récemment mis en place un service de navette gratuite. Ce bus peut-être pris à la gare de Hakodate ou à la gare Shin-Hakodate-Hokuto (la gare du Shinkansen).

Enfin, si vous surfez, sachez que Shikabe est un lieu très prisé des surfeurs de la région.

Oozushi
Tout de suite après avoir profité du geyser, nous sommes allés manger dans un sushi de Shikabe. Je ne sais pas si c’est parce que j’avais trop mangé le midi ou si c’est parce que j’avais peu de temps auparavant découvert un délicieux sushi à Hakodate, mais j’ai été déçue par le restaurant.

Le ika-sashi (sashimi de calmar) était très bon, mais pour le reste, c’était assez ordinaire. Et pourtant, le resto était plein et semble très populaire. Le chef est aussi un homme très sympathique, apparemment habitué à recevoir des étrangers.

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Après le repas, nous sommes allés près de la rivière pour observer la remontée des saumons. C’est un bien triste spectacle de voir tous ces poissons lutter pour remonter le courant, pondre puis mourir.

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Onuma Prince Hotel
Le soir, nous sommes restés au Prince Hotel d’Onuma. C’était mon troisième séjour là-bas, et comme j’avais un bon souvenir des deux premiers, j’avais hâte d’y retourner. Malheureusement, tout ne s’est pas très bien passé…

Le principal attrait de cet hôtel est son rontenburo (bain en extérieur). Quoi de plus agréable que de se prélasser dans l’eau chaude en admirant la nature ? Sauf que ce soir-là, le bain était plein de touristes asiatiques bruyantes qui, en plus, faisaient tremper leurs serviettes dans l’eau du bain. Je ne blâme pas ces femmes, qui n’étaient probablement pas au courant des règles du onsen, mais plutôt la direction de l’hôtel qui n’a pas fait l’effort d’expliquer ces règles. Bien sûr, il y a des petites affiches expliquant ces règles dans la salle où l’on se déshabille, mais elles sont bien trop petites. Bref, je n’ai pas pu me détendre comme je l’aurais souhaité, et j’ai été déçue.

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Le mont Komagatake vu depuis le Prince Hotel

Il me restait tout de même, pour rattraper le coup, une autre chose que j’aime bien dans cet hôtel : le buffet du petit déjeuner et la vue sur le mont Komagatake. Mais là encore, patatras ! La salle est immense, et elle était bondée. Et évidemment, tout le monde se cherche les meilleures places pour admirer le Komagatake en petit déjeunant.

Il ne restait de la place qu’au fond de la salle, loin, très loin du buffet, avec vue sur rien, et je n’ai donc pas eu le choix. Mais ça ne me dérangeait pas trop, je me disais que je ferai des photos plus tard. J’ai laissé ma petite carte de réservation de table pour aller me chercher à manger au buffet (qui, je le rappelle, était très loin de ma table) et quand je suis revenue, évidemment, je n’ai pas retrouvé ma place. J’ai aperçu une carte de réservation tout au fond, et je me suis dit que ça devait être à peu près ça et que s’il y avait un problème on me le dirait.

L’un des serveurs est alors arrivé, et j’ai tout de suite vu à sa tête que quelque chose n’allait pas. Je pouvais lire sur son visage comme dans un livre : « Mince, une étrangère s’est trompée de place, qu’est-ce que je vais faire ? » Cette tête-là, je l’ai déjà vue plusieurs fois et elle me fait bouillir. Il m’a désigné la carte du doigt, sans rien dire, comme si j’étais une débile mentale, et là j’ai explosé : je lui ai dit (en japonais) que je savais très bien ce que c’était que cette carte, que c’était moi qui l’avais posée là. Mais plutôt que de me répondre, et de me dire que je me trompais, il est parti sans un mot et est allé discuter du problème avec ses collègues. En catimini, ils ont trouvé une autre place pour les gens qui avaient cette carte. J’ai trouvé extrêmement insultant cette absence de réponse, indigne d’un hôtel trois étoiles.

Malgré cet incident, je garde une bonne image du Prince Hotel d’Onuma, car mes deux premiers séjours là-bas étaient très agréables. Je me dis que je n’ai pas eu de chance cette fois, c’était un long week-end, l’hôtel était bondé, etc. J’essaierai donc d’y retourner à une période un plus creuse, car je n’aime pas rester sur une mauvaise impression.

Canoë sur le lac Konuma
En ce deuxième jour, notre première activité de la journée était du canoë sur le lac Konuma. Tout comme le cheval, la navigation, ce n’est pas trop mon truc. Mais comme pour le cheval, j’ai là encore été rassurée car on nous a proposé une activité à destination des débutants. C’est vraiment l’une des choses que j’aime à Onuma, c’est qu’on y propose des activités extérieures « douces ».

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Nous sommes tous montés dans le même canoë et avons navigué sur le lac Konuma, mieux abrité que le lac Onuma. Il y avait tout de même pas mal de vent, mais ce n’était pas difficile. Nous avons vogué jusqu’à une petite île, où nous avons pris un café arrosé de whisky et où nous avons pu faire de la balançoire, avant de revenir à notre point de départ. Notre instructeur, Hige-san, le barbu, était vraiment sympa. Il connaît beaucoup de choses sur Onuma, et c’est très intéressant.

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D’autres activités sont offertes par Exander, la compagnie de Hige-san, comme par exemple l’ascension du Mont Komagatake ou des randonnées en raquettes en hiver.

Site Internet : http://www.exander.net/index.html
Prix de l’activité : 4 000 yens les 2h de canoë.

La ferme Yamada

Après le canoë, direction un élevage de chèvres. La toute petite ferme Yamada, c’est un peu la petite maison dans la prairie. Une toute petite maison, et une minuscule boutique, pleine à craquer avec seulement cinq adultes. Mais tout autour, ce ne sont que grands espaces, dans les montagnes de Nanae.

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Il est possible d’entrer dans le champ des chèvres, qui semblent habituées au contact avec les humains et qui ne sont pas farouches. Avec le lait, les Yamada fabriquent de délicieux fromages. J’ai craqué sur le « Garo », petit crottin coûtant tout de même 900 yens. Mais il les vaut largement, croyez-moi !

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Blog : http://yamadanoujou.blog.fc2.com

Glace molle Yamakawa
Le temps d’acheter notre fromage et de batifoler avec les chèvres, il était déjà l’heure du déjeuner. Bizarrement, plutôt que de filer directement prendre notre repas du midi, nous sommes passés… chez le marchand de glace molle !

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La ferme Yamakawa est une grosse ferme, productrice de lait de vache. Le contraste avec la ferme Yamada est saisissant, d’autant plus que leur tout nouveau magasin vient d’ouvrir, ce qui en fait, malheureusement, une place pour attirer le touriste. Et c’est dommage, car les produits Yamakawa sont délicieux. Outre le lait, la ferme propose aussi des yaourts, des glaces molles et du fromage (Provolone et Mozzarella).

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Glace molle vanille-macha

 

Site Internet : http://yamakawabokujyo.com

Lunch au Shirotai (Yamakawa)
Après le dessert, nous sommes finalement allés déjeuner. Nous sommes montés jusqu’au ranch Shirotai, depuis lequel on a une vue splendide sur Hokuto et Hakodate. La vue nocturne est d’ailleurs très prisée des locaux. Comme j’étais déjà venue au Shirotai quelques jours plus tôt, je me permets d’utiliser une photo que j’avais prise à ce moment-là.

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Il n’y a pas de restaurant au Shirotai, nous avons donc mangé les sandwichs du Yamakawa Ranch (Mow-town Factory), café tenu par le fils cadet de la ferme Yamakawa. Le sandwich proposé était celui au bœuf d’Onuma, un vrai régal. Mais je préfère toujours la version fromage, que j’avais déjà goûtée dans le passé.

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Verdict
Ce tour est destiné aux touristes « étrangers ». Comme nous le savons tous, cette catégorie n’est pas homogène, et les attentes d’un touriste français venant au Japon ne sont sûrement pas les mêmes que celles d’un touriste taïwanais. Pour ce dernier, Hokkaido peut être, je pense, assez exotique.

Par contre, je pense que les touristes français venant au Japon ne recherche pas forcément ce genre d’expérience, surtout quand ils visitent le pays pour la première fois. Disons-le franchement, le vin et le fromage, ce n’est pas ce que les touristes français viennent chercher ici.

Par contre, ce peut être intéressant pour ceux qui ne viennent pas pour la fois (oui, il y en a !) et qui aurait envie de découvrir un autre aspect du Japon. Les Français vivant dans d’autres régions du Japon aussi pourraient, je pense, bien apprécier ce tour. Enfin, je pense que ce tour pourrait aussi très bien convenir aux personnes voyageant avec des enfants. Pas pour le vin bien sûr, mais pour les activités en extérieur ^_^

Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous aimeriez participer à ce genre de tour ? Quelle activité vous semble la plus intéressante ? N’hésitez pas à commenter, je suis curieuse de vos réponses !

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Une réflexion sur “Vin, fromage et nature grandiose

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