La Femme des sables (砂の女), de Abe Kōbō (安部公房)

Titre en français : La femme des sables

Titre original : 砂の女 (すなのおんな, suna no onna)

Auteur : ABE Kōbō (安部公房)

Date de parution : 1962

Traducteur : Georges Bonneau

Date de traduction : 1967

Édition lue : Biblio roman (Le livre de poche)

Nombre de pages : 312

Résumé

Un homme, dont on ne connaît l’identité qu’à travers des documents officiels portant sur sa disparition, profite d’un congé pour partir au bord de la mer à la recherche d’insectes. Comme tout collectionneur amateur, son rêve serait de découvrir une nouvelle espèce et de laisser ainsi son nom à la postérité.

Tout à ses recherches, il ne se rend pas compte que la nuit tombe et le dernier bus qui pourrait le ramener à la gare a déjà quitté le village. Ce village étant trop petit pour avoir une auberge, un vieux villageois l’amène jusqu’à une pauvre maison, habitée par une pauvre femme, pour y passer la nuit. La maison est entourée de falaises de sable, isolée dans un trou et on ne peut y accéder qu’au moyen d’une échelle de corde. La femme qui habite ce trou semble chaleureuse, ce qui compense pour l’impression de misère qui se dégage de la maison délabrée et du trou dans lequel elle se trouve.

Si l’homme pense logiquement pouvoir repartir le lendemain, les allusions de la femme laissent à penser le contraire et effectivement, l’homme se rend très vite compte qu’il a été fait prisonnier. Tout dans le comportement de la femme et dans ses paroles indique qu’elle pense que l’homme ne pourra jamais partir. Mais lui ne peut accepter sa nouvelle condition sans réagir et décide de mettre au point un plan pour s’échapper. En attendant de pouvoir mettre ce plan à exécution, l’homme engage une conversation philosophique et une relation charnelle avec l’habitante de la maison.

La femme des sables
La femme des sables

Commentaire

Bien évidemment, la lecture d’un tel roman nous amène à nous poser les questions suivantes : « Qu’est-ce que le sable symbolise ? », « De quelle prison l’auteur veut-il nous parler ? ». Abe Kōbō avait sans doute quelque chose de précis en tête, peut-être un refus du mode de fonctionnement du Parti communiste de l’époque, auquel il appartenait et dont il a été exclu suite à la parution de ce roman. On pourrait également supposer un refus du militarisme de la part de cet écrivain ayant vécu en Mandchourie dans sa jeunesse.

Cependant, chacun de nous peut facilement transposer ce qu’il cherche à fuir dans cette histoire. Un lecteur pourrait y voir le refus de l’exploitation du travail par le capital. Un autre pourrait y voir un refus  du patriotisme exacerbé. Un autre enfin pourrait y voir un refus des contraintes sociales, ou plus largement un refus d’accepter la condition humaine qui, inéluctablement, nous conduit tous à la mort.

Autre point intéressant, on voit, à travers l’absence de nom des protagonistes, que la notion d’identité n’a aucune importance. Ceci m’amène à faire le lien avec la nouvelle du même auteur intitulée « Le crime de Monsieur Σ. Karma », que l’on retrouve dans le recueil « Les Murs » (en japonais, 壁, kabe) et dans laquelle un homme se réveille un jour dépossédé de son identité. Cette notion de perte d’identité semble être un thème important dans l’œuvre d’Abe Kōbō et il est nécessaire de le garder à l’esprit quand on aborde une œuvre aussi complexe que « La femme des sables ».

On peut aussi s’interroger sur l’apparente absence de volonté des proches de l’homme disparu de le retrouver. En effet, en lisant les parties « Sommation publique » et « Jugement » publiées à la fin du récit, j’ai ressenti que la personne ayant déclaré la disparition semblait surtout pressée de faire reconnaître cette disparition, comme si elle voulait rayer le disparu de sa vie. Cette apparente banalisation de la disparition d’un homme adulte m’a rappelé l’extraordinaire film d’Imamura Shohei, « L’évaporation de l’homme ». C’est d’ailleurs un titre qui aurait très bien pu convenir à « La femme des sables ».

Je ne pourrais conclure cette revue de « La Femme des sables » sans parler du choix de traduction pris par Georges Bonneau : traduire au plus proche du texte japonais original. Quand on connaît un peu la structure de la langue japonaise et ses différences avec la langue française, on est en droit de se demander si c’était bien le meilleur choix (même si je peux facilement comprendre ce qui a motivé ce choix). En effet, nous avons au début du roman (cela s’améliore par la suite), des phrases aussi peu naturelles que « L’homme, sans s’y arrêter, traversa un village, et, sur un terrain blanchâtre qui, peu à peu, s’allait desséchant, en direction de la mer continua sa marche.» (page 17) ou « À la manière d’un rempart en demi-lune dressé, les dunes entouraient le hameau. » (page 27). Est-ce que « continua sa marche en direction de la mer » et « À la manière d’un rempart dressé en demi-lune » auraient dénaturé l’œuvre ? Peut-être un peu, mais cela aurait aussi pu la rendre plus accessible à des lecteurs qui se décourageront peut-être face à la lourdeur du style, et qui ce faisant risqueraient de passer à côté d’un chef-d’œuvre littéraire.

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