Aventures dans le sud de Hokkaidō : février 2017

Février a été un mois plutôt tranquille, mais j’ai tout de même de beaux souvenirs à partager avec vous.

Le festival de la neige d’Onuma (5 février)
Le festival des neiges de Sapporo est sans doute le plus connu des festivals d’hiver du Japon. Mais d’autres endroits enneigés ont aussi leur petit festival, comme à Onuma. Les sculptures y sont de dimensions beaucoup plus modestes, mais cela reste un festival intéressant, car on peut y pratiquer diverses activités. Et puis le cadre est magnifique, avec le mont Komagatake en arrière-plan.

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La pointe enneigée du Komagatake

Nous avons choisi deux activités, une randonnée en raquette et la pêche aux wakasagi, ces petits poissons qui se mangent frits. Les deux activités se déroulaient sur le lac Onuma, bien gelé en cette période de l’année. Il faisait doux et nous avions chaud durant la randonnée, mais il faisait très froid durant la partie de pêche, parce que nous étions immobiles. En plus, les poissons ne mordaient pas à l’hameçon, et l’appât finissait par geler au bout de la ligne. Ce fut néanmoins une très belle journée.

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Rando en raquettes sur le lac Onuma
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Ça ne mord pas…

 

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Toboggan de glace !

Les adieux
Chaque année, de septembre à février, trois étudiants français viennent étudier à l’université Mirai Daigaku. Les trois qui sont venus cette année sont ma troisième « cohorte d’étudiants », et ils étaient drôlement sympathiques. Nous avons fait plusieurs activités et sorties ensemble mais comme toute bonne chose a une fin, il a malheureusement fallu se dire au revoir ce mois-ci.

La famille de l’un d’entre eux est venu lui rendre visite jusqu’à Hakodate, et nous sommes allés tous ensemble dans un izakaya. J’adore discuter avec les Français qui découvrent le Japon, pour connaître leurs impressions. Ça me permet de redécouvrir certains aspects que j’ai tendance à oublier avec le temps.

Le séminaire sur le tourisme
Ce mois-ci se poursuivait le séminaire sur le tourisme, à destination des personnes qui veulent devenir guide bénévole. Ce n’est pas mon intention, mais je m’étais dit que ça serait une bonne idée pour en connaître plus sur ma ville. Mauvaise idée…

Lors de l’atelier du 11 février, nous devions créer, en groupe, un itinéraire autour de la forteresse Goryokaku. Franchement, je n’y connaissais rien et les dames de mon groupe n’avaient pas l’air plus au courant. On a réussi tant bien que mal à faire un parcours, pas terrible à mon avis, puis il a fallu le présenter devant les autres groupes. La madame assise à mes côtés, une vieille relou dont je reparlerai plus loin, me demande d’être la personne qui présente pour notre groupe. Pourquoi moi l’étrangère, je n’ai pas bien compris. Je lui explique que je n’ai pas confiance en mon japonais, alors elle demande aux trois autres, parce qu’elle elle ne peut pas, elle doit partir. On est resté cinq minutes silencieuses, personne ne voulant se décider à présenter. Ça m’a énervé et j’allais me proposer quand une autre personne a dit qu’elle le ferait.

Après toutes les présentations, nous avons voté pour l’itinéraire que nous préférions, et la majorité des gens ont voté pour l’itinéraire que je n’aimais pas, parce que beaucoup trop pointu à mon goût. Je ne crois pas que des touristes demandent ce niveau précis d’informations, mais bon, c’est l’itinéraire choisi.

 

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Tu le sens, le froid ?

Le 18 février, nous testons le parcours choisi. Pour moi, ça a été l’horreur. Tout d’abord, une tempête de neige s’est abattue sur Hakodate cet après-midi-là, et il faisait horriblement froid. En plus de ça, les explications des personnes qui avaient conçu le tour étaient interminables et nous devions rester 10 à 15 minutes à chaque endroit qu’ils avaient sélectionné, à écouter des points des détails alors que nous étions assaillis de tous côtés par le vent et la neige. C’est bien simple, on gelait sur place.

La vieille madame relou n’arrêtait pas de faire des commentaires et de poser des milliards de questions. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti l’envie de tuer quelqu’un. Je me voyais en train de poser mes mains autour de son cou et de serrer de toutes mes forces en hurlant « Mais tu vas la fermer, ta gueule ! ». Au bout d’1h30, je n’en pouvais plus, et je me suis excusée en disant que j’avais trop froid et que je ne pouvais pas continuer.

Pour la séance du 25, nous étions en intérieur pour une séance divisée en deux parties. La première portait sur les points d’intérêt de la ville, et le conférencier expliquait vraiment bien, donc j’ai beaucoup aimé. Mais la deuxième partie, dont j’attendais pourtant beaucoup, a été décevante. Il s’agissait de la partie sur l’histoire de la ville, et peut-être qu’elle était intéressante, mais je n’ai rien compris. Tout d’abord, le présentateur, un vieux monsieur qui sentait la naphtaline, membre de la société d’histoire de la ville, n’a pas utilisé de PowerPoint et c’est bien embêtant pour moi, car ça me prive d’un bon support pour suivre une conférence en japonais. Il avait photocopié tout un tas de vieux documents sur du papier de mauvaise qualité et dans un ordre complètement anarchique. J’ai donc dû écouter pendant 1h30 un discours auquel je ne comprenais que dalle, et croyez-moi c’est long !

C’était au final un séminaire plus décevant qu’autre chose pour moi, mais les autres avaient l’air ravi.

Une affaire qui roule
Février a aussi été le mois « business », puisque nous avons décidé, avec une amie, de nous lancer. Tout n’étant pas encore bien défini, je ne peux pas vraiment en parler, mais nous avons énormément de soutien et nous formons une bonne paire.

Un de mes anciens collègues lance aussi sa propre compagnie, et il m’a convié à la première réunion de son équipe mais je ne pourrais malheureusement pas mener les deux projets de front.

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Avec mon épi légendaire, toujours présent lors des interviews avec photo

J’ai également lancé un cours de français pour débutants en février, et jusqu’à présent tout se passe bien. Je dois néanmoins travailler à la promotion de ce cours pour attirer plus d’élèves, mais je n’en ai pas eu le temps jusqu’à présent.

La jeune fille qui a commencé son cours privé le mois passé continue, plus motivée que jamais, et nous sommes passées à 2h par semaine pour elle.

Golden Week
Avec mon amie Orianne, qui vit à Tokyo, nous avions décidé de changer notre lieu de rencontre de l’année. D’habitude, c’est elle qui vient à Hakodate ou c’est moi qui vais la squatter à Tokyo, et on s’était dit qu’on devrait un jour voyager ensemble dans un endroit où ne nous sommes jamais allées.

Ce mois-ci, nous avons enfin eu le temps de nous mettre d’accord et de faire nos réservations. L’endroit où nous allons est souvent demandé aux amateurs de mots croisés, sous la définition « baie/ville du Japon en 3 lettres ». J’ai bien hâte de revoir mon amie, et bien hâte de découvrir une nouvelle région !

 Mars s’annonce déjà bien plus rock’n roll que février, et j’ai déjà hâte de partager la suite de mes aventures avec vous.

Yachigashira, mon amour

Ceux qui me suivent sur Twitter ou Instagram ont sans doute déjà vu, et peut-être à plusieurs reprises, la photo suivante :

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Port de Sumiyoshi, août 2016

Il s’agit d’une vue du cap Tachimachi, prise depuis le petit port de pêche de Sumiyoshi. Je viens souvent ici, surtout quand je ressens besoin de prendre l’air. Je m’assois sur le petit muret surplombant la mer, je laisse mes jambes pendre dans le vide et ne pense à rien d’autre qu’au paysage qui s’étend devant moi. L’été, j’observe les surfeurs défiant les vagues ou les pêcheurs à la ligne installés un peu plus loin, des vieux ou des gosses avec leur père. Le reste du temps, il n’y a quasiment jamais personne ici.

J’aime cette partie de la ville, à mi-chemin entre les quartiers de Yachigashira et de Hōrai-chō, coincée entre la mer et la montagne. Ce quartier de vieux pêcheurs, où l’on dirait que le temps s’est arrêté. Ici, ce sont surtout l’atmosphère et le paysage qui valent le détour.

 

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Les rues de Yachigashira sont tranquilles sans pour autant être désertes. Les marchandes papotent entre elles devant leur magasin, assises sur de petits tabourets. La patronne du café donne du pain aux moineaux. Chez le marchand d’alcool, c’est la réunion des petits vieux qui fument en regardant la télé.

 

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Port de Sumiyoshi, septembre 2016

Cette atmosphère de tranquillité, Yachigashira la doit à sa position géographique. Bordé par le mont Hakodate et par la mer, le quartier s’est construit dans un ancien cratère. Cet enclavement donne à Yachigashira l’apparence d’un village dans la ville, et explique sans doute l’atmosphère particulière qui y règne.

 

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Le quartier Yachigashira, avril 2016

Le soir, la nuit y est plus noire que dans d’autres quartiers de Hakodate. Il y fait aussi plus frais, et il passe très peu de voitures. De nuit comme de jour, on se sent apaisé à Yachigashira. Le quartier a aussi son petit côté sauvage, puisque l’hiver, les renards affamés descendent parfois de la montagne pour chercher de quoi se nourrir.

À visiter

Le cap Tachimachi (Tachimachi misaki, 立待岬)
Le cap Tachimachi est situé à environ 15 à 20 minutes de marche de l’arrêt de tram. Il doit son nom à la langue aïnou, et s’appelait à l’origine « yokoushi », ce qui signifie « le lieu où l’homme attend pour attraper du poisson », d’où le japonais « tachimachi » de tatsu (se situer, se trouver, être debout) et matsu (attendre).

 

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Cap Tachimachi, juillet 2015

La montée qui mène au cap Tachimachi est bordée d’un cimetière dans lequel se trouve notamment la tombe d’Ishikawa Takuboku, poète maudit ayant vécu quelques temps à Hakodate avant de mourir, à 26 ans, de la tuberculose.

 

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Montée pour se rendre au cap Tachimachi, janvier 2016

Par beau temps, on a une vue panoramique sur la ville de Hakodate mais aussi sur le détroit de Tsugaru. Parfois, on peut même apercevoir Honshū, la principale île du Japon. J’aime y aller l’hiver, car les voitures ne peuvent y accéder et il n’y a quasiment jamais personne.

 

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Yachigashira et Sumiyoshi vus depuis la montagne, juin 2016

L’été, si vous en avez le courage, il est possible de redescendre par la route de montagne que doivent emprunter les voitures. C’est un peu plus long, mais entre les arbres vous avez parfois de bonnes vues sur le quartier. De plus, cette route amène directement au sanctuaire Hakodate Hachiman-gū.

Hakodate Hachiman-gū

 

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L’entrée du Hachiman-gū, février 2017

 

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Hakodate Hachiman-gū, février 2017

Une bonne volée de marches en pierre, parfois branlantes, mène à ce sanctuaire shintō. Lors du festival du Hakodate Hachiman-gū, qui a lieu tous les deux ans autour du 15 août, des chevaux montent cet escalier qui compte 134 marches. Et s’ils le peuvent, vous le pouvez aussi ! Depuis l’escalier, la vue sur le quartier Yachigashira, avec la mer qui se profile au loin, est tout simplement splendide.

 

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Vue sur Yachigashira en redescendant du sacnctuaire, septembre 2016

Autrefois situé dans le quartier Motomachi, le sanctuaire shintō a été détruit par un incendie en 1878 et deux ans plus tard, il a été transféré à son emplacement actuel, au bout de la rue qui tourne à droite après le terminus de tramway.

Yachigashira onsen
Cette source d’eau chaude est l’une des plus emblématiques de Hakodate. Été comme hiver, à toute heure de la journée, vous pouvez croiser dans la rue des personnes s’y rendant, portant leurs affaires de bain sous le bras.

 

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Le bain pour femme, Yachigashira onsen, avril 2016

L’eau du Yachigashira onsen est chargée en fer, ce qui lui donne sa couleur brune. Et quand vous en ressortez, vous avez la peau toute douce pour trois jours ! Le bain extérieur, en forme d’étoile pour représenter la forteresse de Goryōkaku, est aussi très agréable.

Enfin, sachez qu’un petit sanctuaire shintō bien particulier se trouve près de l’établissement de bains. Saurez-vous le trouver ?

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Le parc Hakodate-kōen

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Parc Hakodate-kōen, juin 2016

Ce parc n’est pas dans le quartier Yachigashira, mais dans celui d’Aoyagi-chō, tout proche. C’est sans doute le deuxième lieu le plus populaire de Hakodate pour la contemplation des cerisiers, mais il est aussi agréable de s’y promener en toute saison.

 

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Hakodate-kōen, février 2017

Sur ce parc, on trouve le musée de la ville de Hakodate mais aussi un petit parc d’attraction très rétro qui peut être amusant pour des enfants… ou pour des amateurs de photos !

 

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Parc d’attractions, Hakodate-kōen, juin 2016

Cafés et restaurants
Si vous avez besoin d’une petite pause, je vous suggère de vous arrêter au café Classic ou au café Laminaire. Et si vous cherchez de bons sushis, je vous recommande Edo Matsu.

Café Classic

 

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Café Classic, septembre 2016

Si vous ne voyez pas ce café sur votre chemin, vous l’entendrez : c’est le rendez-vous des moineaux du quartier, qui viennent y piailler été comme hiver ! Le café Classic est ouvert depuis un peu plus d’un an, et ses jeunes propriétaires sont sympathiques sans pour autant être trop intrusifs.

 

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Le croque-madame du Café Classic

La carte du café Classic vous propose bien sûr café et thé, mais aussi de délicieux gâteaux. Le soir, vous pouvez y manger sur le pouce et y prendre un verre.

Laminaire

 

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Café Laminaire, octobre 2016

Saviez-vous que « laminaire » est le nom français du konbu, l’algue que l’on utilise pour préparer le bouillon dashi ? Yukari, la patronne du café, adore la France et a choisi de nommer ainsi son café qui se trouve face à la mer. Elle adore aussi les chats, le vin, fumer et lire, et c’est une femme au fort caractère, vraiment intéressante.

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Mer d’hiver (janvier 2017), vue depuis le café Laminaire

On pourrait rester des heures à Laminaire, à regarder par les grandes baies vitrées les mouettes voler au-dessus de la mer. L’été, il y a une petite terrasse où il est possible de venir avec son chien. C’est calme, le café et les gâteaux sont délicieux, la vue est belle, la patronne est sympa… que demander de plus ?

Edo Matsu Sushi
Ne vous laissez pas rebuter par l’aspect revêche du chef, vous passeriez à côté d’une extraordinaire expérience culinaire et culturelle. Les sushis sont devenus un plat courant, à tel point que l’on pourrait oublier que leur préparation, bien exécutée, est un art.

 

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Edo Matsu Sushi, Yachigashira, Hakodate

Chez Edo Matsu, le chef est là pour vous guider dans vos choix et dans votre façon de manger. Cela a un prix, 6 000 yens pour un dîner (alcool compris), mais cela les vaut.

Comment se rendre à Yachigashira

 

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Tramway se rendant à Yachigashira

Deux lignes de tramway circulent à Hakodate. L’une fait Yunokawa-Dokkumae et repart en sens inverse, Dokkumae-Yunokawa. L’autre fait Yunokawa-Yachigashira / Yachigashira-Yunokawa. Il suffit donc de prendre le tramway direction Yachigashira, et de descendre au terminus.

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Scène du film « Over the fence », avec Odagiri Joe à bicyclette, Aoyagi-chō (prise sur le site Hakobura)

Mais vous pouvez aussi descendre à l’arrêt précédent, Aoyagi-chō. C’est un endroit très apprécié des amateurs de photographie et des réalisateurs de films.

 

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Port de Sumiyoshi, juillet 2015

Peu de touristes visitent Yachigashira, et pourtant c’est à mon sens l’un des quartiers les plus représentatifs de la ville, parce qu’il est à la fois tourné vers la mer et vers la montagne, lieux emblématiques de Hakodate. Que l’on contemple la mer depuis le cap Tachimachi ou que l’on se promène dans les rues du quartier, on se sent apaisé et inspiré par la quiétude des lieux.

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Cap Tachimachi, septembre 2015

Aventures dans le sud de Hokkaidō : janvier 2017

Le climat de janvier
En début de mois, le ciel était souvent gris et c’était assez difficile pour le moral mais vers le milieu du mois, il a commencé à faire enfin beau. Mais le retour du ciel bleu s’est aussi accompagné de températures froides. L’hiver bat son plein !

Activités et promenades
Le 4 janvier, en début d’après-midi, j’ai rendez-vous avec Hanzawa-san, journaliste au Hakoshin (函新, diminutif de Hakodate Shimbun, le journal de Hakodate) au café Marutamagoya, pour une entrevue. Hanzawa-san prépare une série d’articles sur les personnes du signe du coq, dont je fais partie, et il m’a interrogée sur mes projets pour l’année à venir. J’y suis allée avec Romain, un étudiant français en échange, et après l’entrevue nous sommes allés nous promener. Nous avons marché depuis Motomachi jusqu’au sanctuaire Hachiman, dans le quartier Yachigashira, puis nous nous sommes arrêtés au Café Classic, qui est un de mes favoris à Hakodate.

 

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Hachiman-gu, Yachigashira

Le mercredi 11 janvier a sans doute été la journée la plus froide du mois. Il faisait -16 en température ressentie, et c’était assez pénible. Cet après-midi là, avec les étudiants français, nous avions une entrevue avec le journal Hokkaidō Shimbun pour l’événement « galette des rois » que nous organisons et qui aura lieu dimanche. C’était un certain Nishimura-san qui devait nous interroger, mais finalement, c’est Hoshino-san qui est venue. Je la connais bien et j’étais ravie de la revoir. Le soir, en rentrant de l’entrevue, nous avons décidé d’aller manger tous les trois au Lucky Pierrot. Lucky Pierrot est une chaîne de hamburger locale, très populaire.

 

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Le Chinese Chicken Burger, numéro 1 chez Lucky Pierrot

Le 13 janvier, la météo que j’attendais est là ! Après les grosses chutes de neige de la veille, avoir un beau ciel bleu est une aubaine pour aller faire des photos. Je voulais aller jusqu’au cap Tachimachi, mais j’ai finalement trouvé un bon endroit au parc Hakodate Kōen, dans le quartier d’Aoyagi-chō.

 

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Hakodate Gokuku-jinji

Dimanche 15 janvier, c’est le grand jour ! Aujourd’hui, nous fêtons les rois au Marutama Square de Kitami-san. Au total, une quarantaine de personnes sont attendues, 20 en matinée et 20 en après-midi. Le programme est le même que celui de l’an passé. Après avoir parlé brièvement de la tradition de la galette, j’ai donné un mini-cours de français et chaque table a pratiqué avec les étudiants français et Mizuki, qui étaient venus me donner un bon coup de main. Comme l’an passé, la journée a été longue et épuisante, mais tout s’est bien passé.

 

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Entrer une légende

En ce samedi 21 janvier, exceptionnellement, je ne travaillais pas le matin. J’ai donc eu la chance de pouvoir participer à un atelier où l’on pouvait apprendre à faire des soba. C’était très intéressant, mais vraiment compliqué ! Néanmoins, les soba fraîches sont bien meilleures que celles que l’on peut acheter en supermarché. Après l’atelier, Romain et moi avons marché jusqu’au cap Tachimachi. Il n’y avait personne, et c’était génial d’avoir pour nous seuls cet endroit si magnifique. Malgré les nuages, nous avions une bonne vue sur Ōma (préfecture d’Aomori) et sa centrale nucléaire… En redescendant, nous nous sommes arrêtés au café Laminaire, dans Hōrai-chō, pour prendre un café et manger un petit gâteau.

 

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Super Romain, le roi des soba !
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Le cap Tachimachi

Le mardi 24 janvier, j’ai testé un parcours touristique en compagnie de mon amie Mizuki. Ce tour était gratuit, mais en échange nous devions remplir un questionnaire pour donner notre avis. Nous sommes partis en bus de la gare de Hakodate pour dans un premier temps rejoindre Assabu (厚沢部) dont la spécialité est la pomme de terre et qui possède une forêt qui figure sur la liste des 100 plus belles promenades à faire au Japon. Nous n’y avons malheureusement pas fait grand-chose, à part manger une croquette de patates, par ailleurs délicieuse.

Nous avons ensuite continué notre route jusqu’à Esashi (江差). Nous avons visité la maison Yokoyama-ke, maison traditionnelle d’Esashi. Outre la partie habitation, cette maison comprend une enfilade de quatre kura (蔵 ,entrepôt). Autrefois, la mer arrivait juste à l’arrière des maisons et il suffisait d’en sortir son bateau pour aller pêcher.

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Esashi autrefois

 

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Sur la gauche, l’enfilade de aura

Après le repas, nous sommes ensuite allés visiter le sanctuaire Ubagami Daijingū, le plus vieux sanctuaire shintō de Hokkaidō, puis nous nous sommes promenés dans le village, dans une tempête de neige !

 

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Ubagami Daijin-gū, Esashi

 

Notre journée s’est terminée par des visites à Otobe (乙部), Kaminokuni (上ノ国) et Kikonai (木古内). Ah, Hokkaidō et ses noms de villages exotiques !

Le samedi 28 janvier débutait le séminaire sur le tourisme à Hakodate. Il faisait gris, le vent soufflait très fort et par conséquent, il faisait vraiment froid. Le séminaire avait lieu au centre culturel appelé Machizukuri Center (まちづくりセンター) et s’adresse avant tout aux personnes qui souhaitent devenir guide bénévole, mais tous ceux qui s’intéressent au tourisme sont bien sûr les bienvenus. Au total, cinq après-midi seront consacrés à ce séminaire.

Il y avait trois types de participants : des vieux, des gens qui viennent étaler leurs connaissances et des jeunes femmes qui semblent être des femmes au foyer. J’étais évidemment la seule étrangère et je détonnais un peu dans le paysage.

La conférencière du jour était la présidente de l’association des guides touristiques bénévoles de la ville. Elle nous a parlé de choses plutôt évidentes, mais c’était tout de même intéressant. Après sa présentation, elle nous a emmené faire une démonstration de la façon dont elle guide les touristes dans le quartier historique de Motomachi. Un vent terrible soufflait et nous étions tous glacés, il a donc fallu abréger le tour. Comme nous étions en extérieur, je n’entendais pas bien et j’ai eu du mal à comprendre les explications de la guide, ce qui m’a un peu frustrée. La prochaine session aura lieu le 11 février et le thème sera « Construisons l’itinéraire d’un tour ! ».

Apprentissage du japonais
Quand mon contrat de travail à l’école a pris fin, je me suis retrouvée avec plus de temps libre et en septembre 2016 j’ai repris les cours de japonais. Les cours ont lieu tous les jeudis après-midi et l’inscription à un trimestre coûte 3,000 yens seulement.

En début de mois, en l’absence de cours, j’ai eu du mal à étudier. Mon problème avec l’apprentissage du japonais depuis mon arrivée au Japon, c’est que la grammaire me ressort par les yeux. J’ai l’impression de ne pas apprendre de choses qui me soient utiles dans l’immédiat, et je ne suis pas motivée.

Du coup, même si j’aime bien étudier les kanjis et le vocabulaire (parce que j’en vois l’utilité immédiate quasiment de suite), je n’étudie pas du tout la grammaire qui ressemble pour moi à un obstacle insurmontable.

En réfléchissant au problème, j’ai décidé de changer ma méthode d’apprentissage :

  • tout d’abord, je vais redéfinir mes objectifs d’apprentissage pour savoir où je veux aller ;
  • je vais continuer à étudier les kanjis et le vocabulaire comme je le fais maintenant, car j’aime bien et je m’en sors aussi plutôt bien ;
  • je vais essayer de trouver un autre moyen d’apprendre la grammaire :
    • je commencerai par travailler les points grammaticaux que j’entends souvent, que je comprends à peu près mais que je ne suis pas encore capable d’utiliser (j’en ai identifié quelques uns comme ça)
    • ensuite, en fonction de ce que j’aurais entendu dans une conversation ou à la télé, je sélectionnerai un point de grammaire
    • ou bien je travaillerai à partir de différents textes écrits qui m’intéressent, journal, magazine, page Internet ou encore extrait de roman.

Travail
Le cours de français que je donne à l’université d’éducation (北海道教育大学, Hokkaidō Kyōiku Daigaku) reprend le 6 janvier. Je trouve que mes élèves ont un peu de mal à suivre et je songe à changer de manuel l’an prochain ou bien à créer un cours sur mesure.

Le 14 janvier, c’est la reprise des cours au lycée. Je suis ravie de retrouver mes élèves et mes collègues, et ça a l’air réciproque. J’adore enseigner au lycée, parce que j’adore être en contact avec les ados. Je trouve que c’est un chouette âge, on les voit évoluer et c’est touchant.

J’ai aussi décidé de me lancer dans les cours privés, bien que cela ne m’enchante pas trop. Le 17 janvier, j’ai réservé une salle dans un centre culturel, pour démarrer des cours en groupe le mois prochain. Cela faisait des semaines que je repoussais cette tâche, et je suis bien contente de l’avoir finalement accomplie. Il me reste à faire la promotion de mes cours.

Le 18 janvier, je donne un cours de français au centre culturel Fururu, dans le quartier de Yachigashira. Six personnes se sont inscrites, et l’une d’entre elles viendra au cours de février.

Le 19 janvier, c’est le début du cours particulier donné à Nana, une lycéenne venue à la galette des rois et qui rêve depuis longtemps d’apprendre le français. Elle est très motivée, et est ravie d’avoir enfin trouvé une professeur de français. Mon seul problème avec Nana, c’est de canaliser son enthousiasme. L’apprentissage d’une langue étrangère est, selon moi, un marathon plutôt qu’un sprint, et il ne faut surtout pas en faire trop en début d’apprentissage, au risque d’être découragé.

Le 17 janvier, j’avais rendez-vous à 18h au restaurant Colz avec mon ami Kenichi, qui voulait me présenter une de ses anciennes collègues. Elle vit maintenant en France, et a épousé un Français. Si Kenichi tenait à me la présenter, c’est parce qu’elle est à la recherche d’un(e) interprète japonais-français pour sa petite cérémonie de mariage qui aura lieu en octobre. Le courant est bien passé entre nous, et je serai donc l’interprète. Ce sera ma toute première expérience dans ce domaine, et j’espère bien m’en sortir.

Aimer l’hiver à Hokkaidō !

Vivre à Hokkaidō, c’est devoir composer avec un hiver rigoureux qui dure plusieurs mois. Quand les premières photos de cerisiers en fleurs apparaissent sur les réseaux sociaux, ici toute la végétation porte encore les brûlures du froid et de la neige, et les températures demeurent fraîches.

Mais l’hiver est loin d’être une saison désagréable pour les habitants de Hokkaidō et beaucoup de gens ici aiment cette saison. C’est, quant à moi, ma saison préférée, pour tout un tas de raisons. Bien évidemment, il y a toujours un moment où j’en ai marre, où je suis jalouse des autres qui vivent déjà leur printemps… Dans ces cas-là, je pense aux désagréments de l’été que l’on n’a pas ici, comme les ゴキブリ(gokiburi, les cafards locaux) ou la chaleur intense. Mais surtout, je me rappelle de mes règles d’or pour profiter de l’hiver en pays de neige.

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Vue sur Hakodate à la mi-mars

Règle no1 : Sortir
La tentation est grande de rester au chaud à la maison, à regarder la télévision ou à lire, le chat sur les genoux. Si cette situation peut convenir à plusieurs personnes, elle a tendance à me déprimer. Je me force donc à sortir régulièrement, même s’il fait froid. L’idéal, c’est de faire un sport d’hiver. Pas la peine d’être un pro des pistes pour bien profiter d’une promenade en ski de fond ou en raquette, j’en suis la preuve vivante !

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On peut aussi plus simplement profiter des paysages hivernaux en marchant. L’hiver offre de multiples occasions de prendre de belles photos, ce qui est une motivation supplémentaire pour se promener. Au bout de quelques heures de balade, quand je commence à avoir du mal à supporter le froid, je me réfugie dans un café que j’aime pour savourer une boisson chaude tout en papotant avec des personnes que j’apprécie. Rien de tel pour se réchauffer, à l’intérieur comme à l’extérieur !

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Sur le lac Onuma, fin février

Règle no2 : Se lever tôt
Le Japon porte bien son nom de pays du soleil levant : ici, le soleil se lève bien plus tôt qu’en France ! Mais cela a un revers, et la nuit tombe aussi plus tôt. L’hiver, à Hakodate, le soleil se couche autour de 17h00, 16h30 dans les jours les plus courts. Ainsi, si on se lève par exemple à 10h, on aura peu de temps pour profiter de la lumière du jour. Et c’est bien connu, le manque de lumière a une influence négative sur le moral.

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On profite des journées ensoleillées !

Les jours de travail, il faut aussi se lever plus tôt. En effet, quel que soit votre mode de transport, les routes et les trottoirs étant gelés, il vous faudra plus de temps pour vous rendre au boulot. Pour vous donner une idée, quand je travaillais à temps plein au lycée, je devais me lever 1h plus tôt l’hiver (à 5h du mat’, donc) pour arriver à l’heure à l’école. Et cela peut paraître idiot, mais s’habiller pour sortir l’hiver prend plus de temps qu’au printemps ou en été… Sans compter la voiture à déneiger si vous conduisez, bref, ça n’en finit plus !

 

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La route en bas de chez moi en ce moment
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Rouler par temps de neige

De plus, dans certaines entreprises, c’est le personnel qui déneige le parking et/ou les trottoirs devant le bureau. On appelle cela le 雪かき (yukikaki) et c’est un des premiers mots que l’on apprend en arrivant à Hokkaidō. Certaines personnes arrivent tôt pour déneiger, pour ne pas empiéter sur leur temps de travail, et vous devrez arriver tôt aussi pour ne pas passer pour un tire-au-flanc. Et puis, vous n’avez pas non plus envie de vous retrouver avec la plus grosse pelle, celle qui pleine de neige est impossible à soulever.

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Tempête de début mars

Règle no3 : Bien manger
De nombreuses personnes ont tendance à grossir en hiver (c’est mon cas, pas de bol !) et le premier réflexe, le mauvais, est de se dire qu’on va faire un petit régime. Erreur ! Vivre dans une région froide, c’est mettre son corps à rude épreuve. Ici, le froid ne dure pas deux ou trois semaines, mais trois ou quatre mois, et croyez-moi c’est dur pour le corps.

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Merci Hokkaidō de produire du fromage à raclette !

 

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Kara-miso ramen, des nouilles épicées parfaites pour se réchauffer !

Règle no4 : Aller au onsen
Il y a de nombreuses sources d’eau chaude à Hokkaidō et ce serait dommage de ne pas en profiter. Il n’y a rien de plus agréable que de se prélasser dans un bain extérieur quand il neige. Ça réchauffe et en plus, ça fait du bien au corps qui est tout courbaturé l’hiver. Parce que marcher sur la neige et, encore plus pénible, sur de la glace, tout crispé pour ne pas glisser, ça fait mal partout.

Règle no5 : S’hydrater et y aller franco sur le déo
On dirait un conseil d’été, mais non vous ne rêvez pas, c’est bien un conseil d’hiver ! Le froid, souvent mordant, fait beaucoup de mal à la peau. Il est donc primordial de bien se crémer. Mais s’hydrater signifie aussi boire de l’eau. L’air est ici parfois tellement sec qu’après cinq minutes de marche, je me retrouve assoiffée, bien plus qu’en été.

Marcher est aussi source de transpiration, même par moins 10 degrés. Oui, on peut crever de chaud malgré des températures négatives ! Mais pour la transpi, le pire ce sont les intérieurs, souvent bien trop chauffés à Hokkaidō (ce n’est pas pour rien qu’ici les gens s’enfilent des crèmes glacées en hiver). Pour vous donner une idée de la situation, ici je ne transpire quasiment pas l’été, mais l’hiver c’est une vraie galère.

 

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Omikuji après le Nouvel An

 

Règle no6 : Fuir les jeans !
L’hiver, je suis très souvent en short… avec des collants bien chauds évidemment ! Pas forcément des collants en laine, plus souvent des collants noirs qui tiennent chaud. J’évite le jean, qui devient très froid au contact de l’air et qui frotte sur la peau. Pour le manteau, pas la peine de se ruiner si on ne travaille pas dehors toute la journée, il ne fait pas froid à ce point-là.

Il est important de protéger ses extrémités (mains, pieds, tête) car ce sont les endroits les plus sensibles au froid. Même si ce n’est pas très sexy, il faut mettre un bonnet, car notre chaleur interne a tendance à s’échapper par notre tête. Là encore, pas besoin de se ruiner, j’achète les miens chez Daiso, les magasins à 100 yens. Aussi, il faut avoir de bonnes bottes car les trottoirs sont franchement glissants. Là par contre, il vaut mieux investir (et je conseille les bottes Sorel). Et en plus, une bonne paire de bottes évite d’avoir froid aux pieds !

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C’est pas beau, l’hiver ?

Chercher à lutter contre l’hiver, c’est une bataille perdue d’avance. Il est là pour durer, et il reviendra à coup sûr l’an prochain. Alors autant voir le bon côté des choses et profiter des joies offertes par cette belle saison. Quand on est mentalement et matériellement bien préparé, il n’est pas du tout difficile de passer un long hiver, cela peut même être agréable. J’espère vous avoir donné envie de visiter Hokkaidō en hiver !

 

Bilan 2016 : du beau et du moche

Chaque début d’année, à l’époque où arrivent les cartes de vœux du Nouvel An (年賀状), c’est pour moi l’heure du bilan. J’aime beaucoup cet exercice, car il me permet d’avoir du recul sur ce que j’ai accompli et ce que je n’ai pas réussi, et parce qu’il me donne en général un bon élan pour l’année à venir. J’ai choisi de présenter mon bilan 2016 sous forme d’événements marquants, puis, comme l’an passé, de passer rapidement chaque mois en revue.

Le moment le plus sympa : la venue de mes parents
Mes parents m’épateront toujours. Ils ne parlent pas un traître mot d’anglais, encore moins japonais, et pourtant ils sont venus ici en pleine confiance, comme quand ils avaient déboulés au Canada. C’était étrange de les voir dans mon environnement japonais, en compagnie de mes amis. Personne ne se comprenait, mais tout le monde était content.

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Mes parents sont des gens qui aiment les plaisirs simples de la vie, manger, boire, rigoler, s’amuser, papoter… Ils se sont donc parfaitement fondus dans l’ambiance de Hakodate, et je crois qu’ils ont aimé leur séjour, car ils ont pu rencontrer plein de gens et découvrir une autre culture à travers eux.

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Pa maîtrise le matsuri, c’est bon !

Une mention spéciale à Pa, qui bougonnait (comme toujours) avant son départ, disant qu’il était hors de question qu’il mange avec des foutues baguettes… et qui, dès le premier soir, se débrouillait déjà comme un chef ! Allez Pa, avoue, tu t’es entraîné en cachette !

Le moment le plus triste : les funérailles de M.-chan
C’est en salle des profs que nous avons appris la mort d’une de nos élèves. M-chan est morte quelques jours seulement après avoir fêté son dix-septième anniversaire, emportée par une maladie contre laquelle elle luttait depuis plusieurs années.

J’ai enseigné à M.-chan au cours de sa première année de lycée. Je ne me souviens pas toujours de toutes mes élèves (j’en avais 350 à l’époque), mais je me rappelle bien d’elle. Je m’en rappelle bien, car elle était toujours assise au premier rang et qu’elle avait des grands yeux. C’était une élève sérieuse et appliquée, mais qui avait aussi souvent le mot pour rire.

Toutes ses camarades de classe et tous les profs de l’école étaient présents à ses funérailles. Avec mes collègues assises à côté de moi, nous nous retenions de pleurer, pour être fortes pour nos élèves qui étaient anéanties. Mais quand elles ont chanté une chanson pour leur camarade, ça a été trop dur et nous avons chialé, forcément. J’entends encore les pleurs de douleur de la maman de M.-chan et de son petit frère, effondrés dans les bras de certaines de nos élèves, alors que nous quittions le salon funéraire.

L’événement le plus Hokkaido : le cri de l’animal mystère
Passons à quelque chose de beaucoup plus léger, avec une petite anecdote. Un soir, dans le quartier Yachigashira, je rentrais d’un cours de français et je me dirigeais vers le café où je devais rejoindre mon mari pour manger. Dès la sortie du centre culturel, j’entends un chien aboyer au loin. Plus je descends de la montagne, plus je l’entends et à mi-chemin je crois bien que c’est finalement un chat. Mais non, c’est bien un chien, et il hurle à la mort, et ce n’est pas normal. Le cri vient d’un terrain vague. Bien qu’il fasse noir, j’enjambe le talus et grimpe sur ce terrain, appelant et sifflant pour que le chien vienne. Plus un bruit. Je décide de m’éloigner, et les cris reprennent de plus belle. Je cours jusqu’au café, demande à mon mari de m’accompagner. L’animal est toujours là, j’essaie de m’en approcher mais il s’échappe. Tant mieux, car cela veut dire qu’il n’est pas blessé.

De retour au café, et après un instant de réflexion, je me demande si je ne viens pas de me faire avoir par un renard. En effet, c’est l’hiver, et bien souvent ils s’approchent des maisons pour chercher à manger. Mon mari cherche sur Internet le cri qu’un renard peut bien avoir et… bingo ! Notre hypothèse se confirme quand nous rentrons en voiture après avoir mangé, avec un magnifique renard du nord, le fameux Kita-kitsune (キタキツネ), qui traverse la route juste devant nous !

Le relou de l’année : un chauffeur de taxi
Les gens de Hokkaidō ne sont pas réputés pour leurs bonnes manières au volant, et ceux de Hakodate ne font pas exception : smartphone au volant, feux rouges allègrement grillés, gamins pas attachés, absence de clignotant… c’est festival.

Avant de vous raconter mon histoire, je vais vous faire un petit topo sur certaines rues de Hakodate. Comme vous le savez, il neige en hiver à Hokkaidō et les grands axes ont parfois une voie très large, pour stocker la neige sur les côtés en cas de besoin, sans que cela ne gêne la circulation. Mais quand il n’y a pas de neige, comme la voie est large, les gens d’ici roule côte-à-côte (oui, oui, sur une voie, pas deux).

Un matin, je vais conduire mon mari à l’aéroport. Il y a du monde sur la route, on est un peu à la bourre, et je ne sais jamais à quel moment je dois tourner, ni si ce sera à gauche ou à droite, du coup je décide de rester tranquille au milieu de la voie pour l’instant. En plus, il y a des bus qui s’arrêtent, et parfois la voie reprend une taille normale (pas possible d’y être à deux côte-à-côte) à cause des quais du tramway.

Soudain, un taxi se colle sur ma droite, l’air furax, et tente de me faire rabattre sur ma gauche. Il est tellement proche de moi que je n’ose pas regarder à gauche pour voir si je peux, je préfère le garder en visuel. Il doit alors se rabattre car arrive le quai du tramway. Furieux, il me colle au cul et klaxonne. Comme il me fait grave chier, j’ouvre ma fenêtre et je lui balance un doigt d’honneur par la fenêtre. Le gars a pété une coche et m’a fait plusieurs queues de poisson pour me forcer à m’arrêter. Franchement, j’aurais bien aimé m’arrêter et appeler la police, mais mon mari avait son avion et on n’était pas en avance. Et à un moment donné, manque de bol, le feu passe au rouge et le taxi descend de sa voiture, s’approche de la mienne et vocifère de l’autre côté de ma fenêtre. Je lui dis de se casser, hors de question que j’ouvre ma fenêtre, il remonte dans sa voiture et disparaît.

Je suis allée à la police après, pour confirmer la règle de circulation et l’officier de service m’a dit : « Si c’est une voie, tu dois rouler au milieu de ta voie. Ici, tout le monde roule côte-à-côte, c’est la coutume, mais si tu veux rouler au milieu tu es dans ton droit. Et si jamais tu as des emmerdes avec un taxi, appelle-nous tout de suite. »

Si jamais vous comptez conduire à Hokkaidō, vous êtes prévenus !

Mon plus beau voyage : Taïwan
À la fin du mois de mars, alors qu’il faisait encore bien froid à Hakodate, je suis allée passer quatre jours à Taïwan avec quelques collègues. Nous sommes partis en voyage organisé, et je n’ai pas trop aimé cette formule, mais Taïwan est un beau pays et la nourriture est délicieuse.

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C’était aussi amusant de voyager à l’intérieur d’un groupe de Japonais et d’observer leur comportement. Par exemple, la première chose que mes collègues féminines ont vérifié à l’hôtel, c’est que les toilettes avaient bien un système « washlet ». J’ai par ailleurs trouvé notre groupe particulièrement bruyant à plusieurs reprises (y compris moi), et c’est là que j’ai réalisé que nous parlions tous fort et de façon plutôt sèche. Peut-être le fait d’être profs qui nous a rendus comme ça

Ma rencontre de l’année : Judith et l’ambiance de Hiroshima
J’étais bien contente de retourner à Hiroshima. C’était ma troisième visite dans cette ville, et les deux premières m’avaient laissée sur ma faim car, par manque de temps, je n’avais pas pu voir ce que je voulais (c’est-à-dire la ville en elle-même, pas les lieux touristiques).

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Soirée improvisée, style Hiroshima !

Cette fois, j’allais à Hiroshima pour voir ma copine Manon, alors stagiaire dans la boîte de Judith, du blog Jud à Hiroshima. Ce fut donc l’occasion pour moi de rencontrer Judith, charmante comme tout, qui nous a emmené dans plusieurs endroits intéressants et fait rencontrer plein de monde… tout ce que j’aime dans une visite touristique ! Merci Judi, je reviendrai !

Le passage à vide : la perte de mon emploi
Mon contrat de travail au collège-lycée s’est terminé au mois de juillet, avec l’arrivée des vacances d’été et celle d’une nouvelle prof. J’avais beau le savoir depuis un bout de temps, ça ne m’a pas empêché d’espérer jusqu’au bout… je me disais que peut-être la nouvelle allait changer d’avis au dernier moment et ne pas monter dans l’avion.

L’école dans laquelle je travaille est une école chrétienne, et l’un des deux postes de professeur de conversation anglaise est réservé à un(e) religieux(se) de l’étranger. Mais l’école n’arrivait pas à trouver la personne qui lui convenait dans le peu de candidatures qu’elle avait reçues, et c’est ainsi que le poste m’est revenu. J’y ai donc travaillé un an et demi à temps plein, et depuis juillet 2016, j’y travaille à temps vraiment partiel, avec quatre pauvres heures de cours par semaine (dont deux le samedi matin, bordel !).

Comme la fin de mon contrat correspondait avec l’arrivée de mes parents, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer au début. J’étais aussi très fatiguée et j’ai énormément dormi. Mais avec la rentrée scolaire d’août et le retour à la routine pour tout le monde, je me suis soudainement sentie seule et désœuvrée.

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Mes bébés !

J’adorais mon emploi, j’adorais mes élèves, j’adorais mes collègues, j’adorais être super occupée, j’adorais travailler 60h par semaine, je serais allée à l’école tous les jours s’il l’avait fallu.

Je pensais pouvoir profiter de mon temps libre pour travailler sur d’autres projets, mais j’ai perdu toute envie de faire quoi que ce soit. Je sors beaucoup moins qu’avant aussi, parce que je me sens moins libre d’agir comme bon me semble. Je déteste ma vie de femme au foyer, je me fais chier comme un rat mort, et je me déteste aussi car en plus mon inactivité m’a fait prendre du poids.

Mais bon, j’ai confiance en ma résilience et j’ai plein d’espoirs pour 2017 !

2016 en photo, mois par mois
Janvier
Au début du mois, on fête les rois ! Cet événement, organisé en collaboration avec Kitami-san du café Marutamagoya, est un succès. Nous prévoyons d’ailleurs de le refaire dans quelques jours.
Le lendemain de la galette, ma copine de Tokyo vient me rendre visite. La pauvre, elle qui avait déjà vu son avion de retour annulé pour cause de typhon lors de sa première visite à Hakodate, tombe cette fois en pleine tempête de neige ! Mais cela ne nous empêche pas de bien nous amuser.

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Pas un chat au cap Tachimachi

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La forteresse Goryokaku illuminée

Février
Que de neige, que de neige ! Ce mois-ci, je vais deux fois à Onuma, exactement comme l’an passé. C’est toujours un vrai dépaysement d’aller à Onuma, surtout en hiver, car même si c’est proche de Hakodate, on y trouve plus de neige. Le paysage, montagneux, est aussi bien différent.

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Onuma Seminar House, février 2016
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Le fameux Kita-Kitsune !

Mars
Changement de décor radical avec la fonte des neiges ! Il fait beau, il commence à faire doux… que c’est agréable !

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Le port d’Irifune
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Mouette sur un bateau

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Le cimetière des étrangers

Le 26 mars, le Shinkansen débarque à Hokkaido et moi, deux jours plus tard, je débarque à Taïwan !

Avril
Avril, c’est la rentrée des classes ! Je suis évidemment occupée, mais heureuse de revenir à l’école. Et je n’oublie pas de profiter de la vie ! Je me promène souvent dans le quartier Yachigashira, où je rêve d’habiter.

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Vue sur Yachigashira, avril 2016

À la fin du mois, deux de mes collègues se marient. L’occasion pour nous de faire une nouvelle fois la fête. C’est aussi à la fin avril que les cerisiers sont (enfin) en fleur.

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Cerisiers dans le parc de l’école

Mai
Comme l’an dernier, je prends la direction d’Esashi pour le défilé des nouveaux mariés. Cette année, nous arrivons le 2 pour profiter d’une soirée avec les habitants. Pour la première fois de ma vie, je mange de l’ours. Ce n’est pas terrible.

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Avec le maire d’Esashi, Terui-san

Pour la Golden Week, direction Hiroshima ! Je fais le trajet en Shinkansen depuis Hakodate, soit environ 7h de train. J’ai un petit choc à l’arrivée, parce qu’il fait chaud !

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Parc du Musée de la Paix, Hiroshima
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Festival des fleurs 2016, Hiroshima

À mon retour à Hakodate, les cerisiers sont toujours en fleurs. Nous partons en excursion avec nos élèves du lycée.

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En fin de mois, comme l’an passé, c’est défilé pour la bataille de Goryokaku !

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La veille, nous étions tous soûls…

Juin
Le mont Hakodate est enfin redevenu vert ! Il fait beau, il fait doux, je vais souvent voir la mer.

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Le port d’Irifune, version été
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Le tramway de Hakodate, bien vintage

En fin de mois, je donne un cours de cuisine à Nanae. J’ai choisi de faire des tomates farcies et une tarte aux pommes, car Nanae, c’est la ville des pommes !

Juillet
À l’école, le tournage du film « P to JK » (PとJK) prend fin. Depuis juin, une grosse équipe de tournage est là quasiment tous les jours. Avec tous ces techniciens, le nombre de copains de fumoir a bondi. L’actrice principale, Tsuchiya Tao, est très gentille et patiente avec nos élèves qui essaient de l’apercevoir tous les jours. Mais quand l’acteur Kamenashi Kazuya est arrivé, ça a été un peu le bordel, aussi bien chez les profs femmes que chez les élèves. Ce qui nous a toutes surprises, c’est qu’il est court sur pattes. Mais bon, il a de beaux yeux, et on peut pas tout avoir.

Dans la bande-annonce, on voit bien notre école, et aussi d’autres endroits de Hakodate, dont le café Laminaire où je vais souvent (à environ 33 secondes).

Puis c’est la fin du trimestre, le début des vacances, et la saison des barbecues commence. Il ne fait pas très beau, et nous sommes frappés par des typhons.

Avant l’arrivée de mes parents, je passe quelques jours chez ma copine à Tokyo (celle qui est venue en janvier). Il fait terriblement chaud, il y a énormément de monde et je suis bougonne. Je crois que ma vie à Hokkaido me rend un peu sauvage. Je m’en veux un peu, et je dois absolument revenir à Tokyo car je n’aime pas rester sur une mauvaise impression.

Août
On profite des derniers jours de l’été, qui ne dure pas longtemps ici. Le ciel est déjà tristement blanc. À la fin du mois, les premières feuilles rouges font leur apparition.

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Vue sur Hakodate depuis la montagne
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L’ancien « public hall »

 

Septembre
Mon premier Baru-Gai ! J’ai toujours travaillé auparavant, et je n’avais jamais pu y participer. Cet événement festif et gourmet est pour moi l’occasion de découvrir de nouveaux endroits.

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Le Transistor Café
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Shamisen et pépés

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Vers le milieu du mois, je découvre le ranch Shirotai et sa vue splendide sur Hakodate. Mais en hauteur, il fait déjà froid !

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Octobre
Je commence à enseigner à l’université, et je suis invitée à tester un tour à destination des touristes étrangers.

Le 10, je grimpe le mont Komagatake, mon volcan favori dans la région.

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Vue sur les lacs Onuma et Konuma
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Veni, vidi, vici

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Je rencontre enfin les trois nouveaux étudiants français, qui resteront jusqu’en février. À moi les papotages en français !

Novembre
Il ne neige pas encore, nous en profitons pour faire l’ascension du Mont Esan.

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Le 17 novembre, c’est l’arrivée des Beaujolais Nouveaux et je fête cela dans mon bistrot favori, La Buvette.

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À la fin du mois, l’ancien « boss » de mon mari vient nous voir et, pour la première fois, je vais voir le couvent des Trappistines.

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Décembre
La neige est là, il fait froid, mais les paysages sont splendides.

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Le parc de l’école sous la neige
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Le lac Onuma

Et pour 2017, alors ?
Il y a belle lurette que je ne crois plus aux résolutions du Nouvel An, alors j’ai cessé d’en prendre. Enfin, je vais tout de même essayer de répondre rapidement à mes messages, et en fin d’année j’aimerais réussir à envoyer mes cadeaux de Noël début décembre.

Pour le reste, je ne souhaite qu’une chose : qu’on me donne l’envie… l’envie d’avoir envie !

Esan, rando sur un volcan actif

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Le mont Esan depuis la plage (été 2016)

À 1h30 de voiture du centre de Hakodate se trouve un volcan très particulier, le mont Esan. Particulier, car en plus d’être actif, ce petit volcan qui culmine à 618m crache encore du gaz. Néanmoins, il n’est en temps normal pas dangereux de s’y promener, ce qui fait d’une balade sur le mont Esan une expérience unique.

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Vue sur le cratère (été 2016)

 

Le mont Esan est un stratovolcan, comme son grand voisin le Komagatake ou encore comme le célèbre mont Fuji. Mais suite à une éruption qui se serait produite il y a environ 2500 ans, une partie du dôme s’est effondrée, donnant au volcan sa forme actuelle, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus.

Il est possible de monter en voiture jusqu’à environ 300m d’altitude et de là, de gagner à pied le cratère, en suivant le chemin balisé. Comme on peut le constater au fur et à mesure de l’ascension, la végétation du cratère est très pauvre. Ceci est dû aux fumerolles de gaz qui s’en dégage, mais aussi à la chaleur souterraine.

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Végétation d’été
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Végétation d’automne

Une forte odeur de soufre se fait sentir à l’approche de ces fumerolles. Cette odeur n’est pas dangereuse, mais il est préférable de ne pas franchir la corde de sécurité. Photographier les fumerolles est amusant, et

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Fumerolles (automne 2016)
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Danger, on ne franchit pas la corde !
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Sol jauni par le souffre

Même pour quelqu’un qui n’est pas sportif, l’ascension du mont Esan ne pose aucun problème, et la vue depuis le sommet est splendide. Malheureusement, quand j’y suis allée au début du mois d’octobre, le temps était nuageux et je n’ai pas pu prendre de jolies photos… Mais il n’y a pas que le paysage qui vaut le coup d’œil : les roches du sommet sont aussi impressionnantes !

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Le sommet et ses roches volcaniques rouges
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Ça, c’est de la roche !

 

Il faisait très froid au sommet en ce début novembre et en redescendant, ce fut un plaisir de plonger les mains dans la petite source d’eau chaude qui coule au bas du cratère.

 

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Et au milieu, coule de l’eau chaude…

Mais le mont Esan, ce n’est pas uniquement de la roche. Vers la fin du mois de mai, des azalées fleurissent en masse sur ses flancs. C’est au pied du mont, dans le jardin des azalées, que l’on trouve la plus grande concentration d’azalée. La vivacité des couleurs des fleurs forme un sublime contraste avec le vert du mont et le bleu de la mer que l’on peut apercevoir au loin.

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Parc et azalées (printemps 2014) 

Ici, tous les ans, les azalées ont leur propre festival. Le mont Esan est très différent selon les saisons, mais quel que soit le moment où l’on y va, c’est toujours une promenade très agréable. Lors de ma prochaine visite, j’aimerais essayer le onsen (source d’eau chaude) d’Esan, celui dont on dit que l’eau a la couleur du vin rouge…

Note : il semblerait que le nom de ce volcan se dise « mont É » en français, « san » signifiant déjà « mont ». C’est très logique, mais cela sonne très bizarre à mon oreille. En effet, j’ai toujours entendu dire « Mount Esan » en anglais, et du coup je l’ai toujours désigné sous le nom de mont Esan (que l’on prononce ésanne, soit dit en passant). Le mont É, ça fait un peu triste, même les montagnes lunaires ont de plus jolis noms. Pour cet article, j’ai donc choisi le nom d’usage le plus courant.

Vin, fromage et nature grandiose

Début octobre, j’ai testé un circuit touristique à destination des étrangers dont le thème central était le vin. Quand on parle d’alcool japonais, viennent sans doute à l’esprit le nihon-shu (ce que l’on appelle communément en France le saké), le shochû, l’ume-shu ou peut-être encore la bière, mais certainement pas le vin.

Et pourtant, le Japon est bien un pays producteur de vin, et Hokkaido figure en bonne place des régions productrices. Ici, la production de vin est très récente et seule une petite part de la production de raisin est consacrée à la vinification.

Le climat chaud et humide de l’archipel, ainsi que la nature des sols (acides), ne favorisent pas la culture de la vigne. De plus, la saison des pluies, qui a lieu en juin et juillet, tombe en plein durant la période de développement de la vigne. Combinée au peu d’ensoleillement de cette période, elle est responsable d’une acidité importante dans les raisins.

En raison du type de vigne, du climat, de la nature des sols, mais aussi de l’inclinaison des terrains et des habitudes de production (raisin de table), la culture en pergola est privilégiée au Japon. En japonais, on dit « tana-shiki », ce que l’on pourrait littéralement traduire par « culture en étagères ».

Cette pratique permet aux feuilles de pousser en hauteur, les transformant en écran de protection contre un trop fort ensoleillement ou contre la pluie. De plus, les fruits se développant en hauteur, elle permet de faciliter la récolte du raisin. De la même manière, le fait que les fruits soient en hauteur les protègent des maladies.

Comme indiqué plus haut, cette pratique s’est développée pour la production de raisin de table, et quand les Japonais ont commencé à utiliser les raisins pour produire du vin, la pratique de la culture en pergola est naturellement restée. Cette culture permet de produire des raisins plus nombreux mais moins sucrés, et se voit notamment dans le nord-est du pays.

Sur l’île d’Hokkaido (au nord), les cépages utilisés sont des cépages européens, comme le Pinot Noir ou le Chardonnay, et quasiment toute la production est destinée à la vinification. Ainsi, les producteurs locaux ont adapté leurs pratiques, et ont recours au palissage, comme en Europe. En japonais, on l’appelle « kakine-shiki », ce qui signifie littéralement « culture en haie, en clôture ». Si les hivers y sont froids et enneigés, Hokkaido bénéficie néanmoins d’un avantage par rapport aux autres régions viticoles du Japon : l’absence de saison des pluies, et une chaleur non humide en été.

Voilà, c’est fini pour ce petit exposé sur le vin au Japon. Un grand merci à mon ami Takamura-san, sommelier du restaurant La Concha à Hakodate, qui m’avait fourni toutes ces explications quand je suivais un MOOC sur le vin.

Passons maintenant au tour en lui-même et aux différentes activités qui nous ont été proposées.

Cueillette de fruits
La première étape de notre tour consistait en une cueillette de fruits dans un verger de Nanae appelé Marusan Miyata. Nous sommes tombés en pleine saison des prunes et des raisins, nous avons donc pu nous gaver de ces deux fruits.

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Le verger est assez petit, et nous en avons rapidement fait le tour. Pour des touristes français, cette activité n’est sans doute pas très intéressante, mais cela peut être un bon moyen d’occuper des enfants.

Visite de Hakote Wine Factory

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Le kanji « Hako » (函) de Hakodate a été stylisé pour y faire apparaître le mot vin (ワイン)

L’amoureuse du vin que je suis avait bien évidemment déjà dégusté le vin rouge Hakodate Wine. Mais pour être honnête, je ne l’avais pas aimé, car je ne lui avais pas trouvé assez de profondeur. Je ne m’attendais pas à grand-chose en visitant l’usine, mais l’un des vins m’a bluffée.

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Alors que nous visitions l’usine, notre guide a évoqué un vin conservé dans des conditions bien particulières… à 283m sous la mer, dans le tunnel Seikan ! (le tunnel sous-marin qui relie Hokkaidô et l’île de Honshû.) Cette cave à vins est actuellement la plus profonde du monde.

Bien évidemment, cela a attiré l’attention de tous les participants au tour, et notre guide nous a offert de goûter la version rouge de ce vin. Verdict : un vin corsé comme je les aime, qui n’a rien à voir avec le vin rouge ordinairement vendu. Et pourtant… Il s’agit bien du même vin ! Seules les conditions de stockage changent.

Ce vin est offert à la vente chaque année en décembre, en quantité limitée (environ 3000 bouteilles). On peut l’acheter à l’usine bien sûr, mais aussi dans leur boutique près de Akarenga (les bâtiments en briques rouges) et à la gare.

Autre vin intéressant découvert, ce petit vin blanc, dont le goût se situe entre le nihon-shu et le vin blanc. Il se marie donc très bien avec le poisson ou avec les sushis et autres sashimis.

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Kerner Karakuchi (Kerner sec)

 

Lunch on Ranch
Après avoir bien bu, il nous fallait bien sûr manger ! Lunch on Ranch est un tout nouveau restaurant de pizzas, ouvert à Onuma (municipalité de Nanae) au printemps 2016. Il se trouve dans le domaine du Paard Musée.

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Les pizzas sont vraiment délicieuses et reflètent bien toute la richesse des produits de Hokkaidô : crème, porc, pommes… j’ai retrouvé ici le goût de ma Normandie natale ! La décoration du restaurant n’est pas très élaborée, mais il y a une jolie terrasse qui vous permet de voir le mont Komagatake par beau temps.

Paard Musée
Comme nous étions sur place, nos prochaines activités se sont déroulées au Paard Musée (パド・ミュゼ), un centre dédié au cheval. Deux activités nous ont été proposées : une balade en Segway et une activité « découverte » du cheval.

J’ai commencé par le Segway ; c’était ma toute première expérience avec cet engin. Après une explication sur le fonctionnement du Segway, notre instructeur (un jeune homme de Hong-Kong un peu timide mais très sympathique) nous a fait faire un petit test, puis nous sommes partis rouler à travers le domaine.

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Il nous a très bien expliqué les endroits que nous avons visités, et nous a même permis de regarder un coin non ouvert au public, une petite fabrique de sirop d’érable. J’ai vécu longtemps au Québec et la tire d’érable est un de mes bons souvenirs. C’est vraiment dommage qu’aucune activité ne soit proposée autour de ce thème, je suis certaine que ça serait un grand succès !

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Ume, cheval de race Dosanko

La seconde activité était ce qu’ils appellent le « Hands-on horse », une activité de 30 minutes destinée aux personnes n’ayant aucune connaissance du cheval. J’ai fait du poney quand j’étais à l’école primaire, mais j’ai toujours eu une peur bleue des chevaux et je n’en garde pas un bon souvenir. J’appréhendais donc cette activité, mais tout c’est très bien passé.

Lors de l’activité « Hands-on horse », on commence par nourrir un poney, pour devenir « amis ». Ensuite, on le brosse, on lui parle, bref on apprend à se connaître un peu plus. Par la suite, on le guide à l’aide d’une longe et, si on le souhaite, on peut le monter. C’est une activité tout en douceur, qui convient aussi bien à des enfants qu’à des personnes qui, comme moi, ne sont pas rassurées en présence de chevaux.

Pour la petite information, le poney de race Dosanko a été importé de Honshû il y a 200 ou 300 ans. Le vrai nom de l’espèce est Hokkaidô Washuba (北海道和種馬). Habitué à vivre en extérieur dans un climat rigoureux, c’est un poney endurant mais aussi très doux. Il est notamment utilisé en thérapie, pour aider des personnes handicapées par exemple.

Site Internet : http://www.paardmusee.com/#page01
Prix des activités :
Segway : 4 000 yens les 50 minutes, 6 000 yens les 2h.
Cheval : 2 000 yens les 30 minutes pour l’activité « Hands-on horse » et 9 500 yens pour une randonnée de 2h30 pour les débutants.

Le geyser de Shikabe
La petite commune de Shikabe, 4 104 habitants au recensement de 2016, est surtout connue pour son geyser. Toutes les 10 minutes environ, ce dernier propulse environ 500 litres d’eau bouillante à 15m d’altitude.

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Le geyser de Shikabe

En attendant que le geyser veuille bien se montrer, il est possible de profiter d’un bon bain de pieds bien chaud. En plus de ce bain de pieds, il y a quatre onsen à Shikabe mais l’un d’entre eux, situé dans un grand hôtel, n’est accessible qu’aux clients de l’hôtel.

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La ville de Shikabe a récemment mis en place un service de navette gratuite. Ce bus peut-être pris à la gare de Hakodate ou à la gare Shin-Hakodate-Hokuto (la gare du Shinkansen).

Enfin, si vous surfez, sachez que Shikabe est un lieu très prisé des surfeurs de la région.

Oozushi
Tout de suite après avoir profité du geyser, nous sommes allés manger dans un sushi de Shikabe. Je ne sais pas si c’est parce que j’avais trop mangé le midi ou si c’est parce que j’avais peu de temps auparavant découvert un délicieux sushi à Hakodate, mais j’ai été déçue par le restaurant.

Le ika-sashi (sashimi de calmar) était très bon, mais pour le reste, c’était assez ordinaire. Et pourtant, le resto était plein et semble très populaire. Le chef est aussi un homme très sympathique, apparemment habitué à recevoir des étrangers.

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Après le repas, nous sommes allés près de la rivière pour observer la remontée des saumons. C’est un bien triste spectacle de voir tous ces poissons lutter pour remonter le courant, pondre puis mourir.

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Onuma Prince Hotel
Le soir, nous sommes restés au Prince Hotel d’Onuma. C’était mon troisième séjour là-bas, et comme j’avais un bon souvenir des deux premiers, j’avais hâte d’y retourner. Malheureusement, tout ne s’est pas très bien passé…

Le principal attrait de cet hôtel est son rontenburo (bain en extérieur). Quoi de plus agréable que de se prélasser dans l’eau chaude en admirant la nature ? Sauf que ce soir-là, le bain était plein de touristes asiatiques bruyantes qui, en plus, faisaient tremper leurs serviettes dans l’eau du bain. Je ne blâme pas ces femmes, qui n’étaient probablement pas au courant des règles du onsen, mais plutôt la direction de l’hôtel qui n’a pas fait l’effort d’expliquer ces règles. Bien sûr, il y a des petites affiches expliquant ces règles dans la salle où l’on se déshabille, mais elles sont bien trop petites. Bref, je n’ai pas pu me détendre comme je l’aurais souhaité, et j’ai été déçue.

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Le mont Komagatake vu depuis le Prince Hotel

Il me restait tout de même, pour rattraper le coup, une autre chose que j’aime bien dans cet hôtel : le buffet du petit déjeuner et la vue sur le mont Komagatake. Mais là encore, patatras ! La salle est immense, et elle était bondée. Et évidemment, tout le monde se cherche les meilleures places pour admirer le Komagatake en petit déjeunant.

Il ne restait de la place qu’au fond de la salle, loin, très loin du buffet, avec vue sur rien, et je n’ai donc pas eu le choix. Mais ça ne me dérangeait pas trop, je me disais que je ferai des photos plus tard. J’ai laissé ma petite carte de réservation de table pour aller me chercher à manger au buffet (qui, je le rappelle, était très loin de ma table) et quand je suis revenue, évidemment, je n’ai pas retrouvé ma place. J’ai aperçu une carte de réservation tout au fond, et je me suis dit que ça devait être à peu près ça et que s’il y avait un problème on me le dirait.

L’un des serveurs est alors arrivé, et j’ai tout de suite vu à sa tête que quelque chose n’allait pas. Je pouvais lire sur son visage comme dans un livre : « Mince, une étrangère s’est trompée de place, qu’est-ce que je vais faire ? » Cette tête-là, je l’ai déjà vue plusieurs fois et elle me fait bouillir. Il m’a désigné la carte du doigt, sans rien dire, comme si j’étais une débile mentale, et là j’ai explosé : je lui ai dit (en japonais) que je savais très bien ce que c’était que cette carte, que c’était moi qui l’avais posée là. Mais plutôt que de me répondre, et de me dire que je me trompais, il est parti sans un mot et est allé discuter du problème avec ses collègues. En catimini, ils ont trouvé une autre place pour les gens qui avaient cette carte. J’ai trouvé extrêmement insultant cette absence de réponse, indigne d’un hôtel trois étoiles.

Malgré cet incident, je garde une bonne image du Prince Hotel d’Onuma, car mes deux premiers séjours là-bas étaient très agréables. Je me dis que je n’ai pas eu de chance cette fois, c’était un long week-end, l’hôtel était bondé, etc. J’essaierai donc d’y retourner à une période un plus creuse, car je n’aime pas rester sur une mauvaise impression.

Canoë sur le lac Konuma
En ce deuxième jour, notre première activité de la journée était du canoë sur le lac Konuma. Tout comme le cheval, la navigation, ce n’est pas trop mon truc. Mais comme pour le cheval, j’ai là encore été rassurée car on nous a proposé une activité à destination des débutants. C’est vraiment l’une des choses que j’aime à Onuma, c’est qu’on y propose des activités extérieures « douces ».

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Nous sommes tous montés dans le même canoë et avons navigué sur le lac Konuma, mieux abrité que le lac Onuma. Il y avait tout de même pas mal de vent, mais ce n’était pas difficile. Nous avons vogué jusqu’à une petite île, où nous avons pris un café arrosé de whisky et où nous avons pu faire de la balançoire, avant de revenir à notre point de départ. Notre instructeur, Hige-san, le barbu, était vraiment sympa. Il connaît beaucoup de choses sur Onuma, et c’est très intéressant.

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D’autres activités sont offertes par Exander, la compagnie de Hige-san, comme par exemple l’ascension du Mont Komagatake ou des randonnées en raquettes en hiver.

Site Internet : http://www.exander.net/index.html
Prix de l’activité : 4 000 yens les 2h de canoë.

La ferme Yamada

Après le canoë, direction un élevage de chèvres. La toute petite ferme Yamada, c’est un peu la petite maison dans la prairie. Une toute petite maison, et une minuscule boutique, pleine à craquer avec seulement cinq adultes. Mais tout autour, ce ne sont que grands espaces, dans les montagnes de Nanae.

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Il est possible d’entrer dans le champ des chèvres, qui semblent habituées au contact avec les humains et qui ne sont pas farouches. Avec le lait, les Yamada fabriquent de délicieux fromages. J’ai craqué sur le « Garo », petit crottin coûtant tout de même 900 yens. Mais il les vaut largement, croyez-moi !

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Blog : http://yamadanoujou.blog.fc2.com

Glace molle Yamakawa
Le temps d’acheter notre fromage et de batifoler avec les chèvres, il était déjà l’heure du déjeuner. Bizarrement, plutôt que de filer directement prendre notre repas du midi, nous sommes passés… chez le marchand de glace molle !

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La ferme Yamakawa est une grosse ferme, productrice de lait de vache. Le contraste avec la ferme Yamada est saisissant, d’autant plus que leur tout nouveau magasin vient d’ouvrir, ce qui en fait, malheureusement, une place pour attirer le touriste. Et c’est dommage, car les produits Yamakawa sont délicieux. Outre le lait, la ferme propose aussi des yaourts, des glaces molles et du fromage (Provolone et Mozzarella).

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Glace molle vanille-macha

 

Site Internet : http://yamakawabokujyo.com

Lunch au Shirotai (Yamakawa)
Après le dessert, nous sommes finalement allés déjeuner. Nous sommes montés jusqu’au ranch Shirotai, depuis lequel on a une vue splendide sur Hokuto et Hakodate. La vue nocturne est d’ailleurs très prisée des locaux. Comme j’étais déjà venue au Shirotai quelques jours plus tôt, je me permets d’utiliser une photo que j’avais prise à ce moment-là.

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Il n’y a pas de restaurant au Shirotai, nous avons donc mangé les sandwichs du Yamakawa Ranch (Mow-town Factory), café tenu par le fils cadet de la ferme Yamakawa. Le sandwich proposé était celui au bœuf d’Onuma, un vrai régal. Mais je préfère toujours la version fromage, que j’avais déjà goûtée dans le passé.

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Verdict
Ce tour est destiné aux touristes « étrangers ». Comme nous le savons tous, cette catégorie n’est pas homogène, et les attentes d’un touriste français venant au Japon ne sont sûrement pas les mêmes que celles d’un touriste taïwanais. Pour ce dernier, Hokkaido peut être, je pense, assez exotique.

Par contre, je pense que les touristes français venant au Japon ne recherche pas forcément ce genre d’expérience, surtout quand ils visitent le pays pour la première fois. Disons-le franchement, le vin et le fromage, ce n’est pas ce que les touristes français viennent chercher ici.

Par contre, ce peut être intéressant pour ceux qui ne viennent pas pour la fois (oui, il y en a !) et qui aurait envie de découvrir un autre aspect du Japon. Les Français vivant dans d’autres régions du Japon aussi pourraient, je pense, bien apprécier ce tour. Enfin, je pense que ce tour pourrait aussi très bien convenir aux personnes voyageant avec des enfants. Pas pour le vin bien sûr, mais pour les activités en extérieur ^_^

Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous aimeriez participer à ce genre de tour ? Quelle activité vous semble la plus intéressante ? N’hésitez pas à commenter, je suis curieuse de vos réponses !

Se sentir chez soi à Esashi

Cela fait longtemps que je souhaitais vous parler d’Esashi, village situé à environ 1h30 de voiture de Hakodate, et que j’ai plaisir à visiter plusieurs fois par an. La route qui mène à Esashi serpente dans les montagnes, et quand on arrive au village la vue se dégage soudainement, laissant apparaître la mer du Japon. Chaque fois, la beauté du paysage m’éblouit. Et chaque fois monte en moi le sentiment d’être rentrée à la maison, car, par certains côtés, Esashi ressemble à un village normand du bord de mer.

Esashi fait partie des 100 plus beaux villages du Japon, et cette reconnaissance est amplement méritée. Beaucoup d’efforts ont été faits au point de vue architectural, et se promener dans Esashi, c’est un peu comme se promener dans une autre époque.

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Vue de la rue Ubagami, Esashi

 

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Intérieur d’une maison traditionnelle à Esashi

Malgré sa petite taille, Esashi est un village actif, qui se bat pour contrer la dépopulation, sans grand succès malheureusement. Plusieurs festivals y ont lieu dans l’année, mais je n’ai eu l’occasion de participer qu’à deux d’entre eux, le défilé des mariées (花嫁行列) et le festival Ubagami Daijingū.

Le défilé des mariées, qui, comme son nom l’indique, est donné en l’honneur de nouvelles mariées, a lieu en mai. Accompagnée de leur époux, deux mariées défilent en tenue traditionnelle de mariée. Derrière suivent deux rangs de personnes elles aussi en habits japonais, leurs familles mais aussi des bénévoles du village et des alentours. Cela fait deux ans que je participe à ce défilé. Vêtue d’un kimono, je défile avec d’autres personnes le long de la rue principale du village. Tout au long du parcours, de nombreux habitants me font des petits signes de la main et me remercient d’être présente.

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Défilé des mariées 2016, Esashi
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Les mariés 2015, Esashi

Le défilé se termine à l’arrivée au sanctuaire Ubagami Daijingū, où une brève cérémonie a lieu. Il y a ensuite une remise de petits cadeaux aux mariées, puis la préparation du mochi. Une fois prêt, le mochi est mis en petites boules et enroulé de cellophane, et remis aux mariés qui se chargent de le lancer dans la foule.

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Le lancer de Mochi 2016

Tous les étés, du 9 au 11 août, a lieu le Festival Ubagami Daijingū Togyo. Là encore, ce festival est un défilé, mais cette fois un défilé de chars. Au total, 13 chars paradent dans le village au cours de ce festival qui dure trois jours et qui, du haut de ces 370 ans, est le plus vieux festival de Hokkaidō.

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Défilé d’août 2016

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L’une des particularités de ce festival est que les habitants de la rue Ubagami ouvrent leur porte à leurs voisins et leur offrent à manger et à boire. Comme je connais certains habitants d’Esashi, je me fais toujours entraîner chez plusieurs personnes, chez qui je m’installe en attendant qu’ils me servent à manger et à boire ! C’est un peu gênant au début, mais c’est une excellente opportunité pour discuter avec plusieurs personnes… et voir de très beaux intérieurs ! C’est aussi une vieille tradition à Esashi, et les personnes qui reçoivent le font avec beaucoup de plaisir.

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Chez le fabricant de poupées, août 2016
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Papa en profite ^_^

Comme je le disais plus haut, la nature fait également partie intégrante du charme d’Esashi. La mer bien sûr, mais aussi la forêt. L’an passé, j’ai participé aux activités extérieures prévues dans le cadre du sommet du « hiba » (une sorte de conifère). Ces activités comprenaient un tour du village, la plantation d’un petit hiba, et une visite de la forêt Koji. Dans cette forêt dense, on trouve des arbres majestueux, et d’autres à la forme plutôt amusante.

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Balade en forêt è Esashi, septembre 2016
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Salut, toi ! ^_^
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Les indispensables clochettes

Seul, il est impossible de se promener dans les forêts de la région, car des ours y vivent. Lors de notre promenade-découverte, nous avions donc des éclaireurs et des suiveurs, chargés de faire du bruit avec un pistolet pour ne pas que les ours nous approchent. C’est d’ailleurs à Esashi que j’ai mangé de la viande d’ours pour la première fois, grillée au barbecue. La viande est un peu dure et dégage une odeur forte, et je dirai que ce n’est pas la meilleure viande qui existe.

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Viande d’ours

Autre symbole naturel d’Esashi, Kamome-jima, l’île de la mouette, qui doit son nom à sa forme vue du ciel, celle d’une mouette en vol. L’île est très peu utilisée aujourd’hui, et l’un des projets du village est de la revitaliser, de faire en sorte que les habitants se la réapproprie.

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Kamome-jima, Esahi, août 2016
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Soleil d’été, Kamome-jima

C’est une toute petite île sur laquelle on ne trouve quasiment rien, excepté un temple et une magnifique vue sur la mer. Les couchers de soleil y sont splendides. On peut la voir dans cette publicité pour les locations de voiture Toyota (de 0:10 à 0:15, le reste étant Hakodate et Onuma).

 

D’un point de vue culturel, le village n’est pas en reste avec son célèbre chant connu sous le nom d’Esashi Oiwake. Kamooooooomeeeeeeeee ! C’est par ce mot, « Kamome » (la mouette, encore !) que débute cette chanson folklorique bien connue. Inspirée d’une autre chanson folklorique tombée depuis en désuétude, elle a été adaptée au contexte du village, un village de pêcheurs.

En septembre de chaque année, un grand concours national a lieu à Esashi, et réunit des participants de tout le Japon. Si je n’y ai jamais assisté, j’ai en revanche eu l’occasion d’entendre l’Esashi Oiwake plusieurs fois, puisque la pratique de ce chant est le loisir de l’un de mes amis.

Esashi Oiwake

Il y a deux endroits où je vais systématiquement lors de mes passages à Esashi : la boulangerie Becky, et le pâtissier Ichiban Kura… La boulangerie Becky vend l’un des meilleurs pains de la région. Quant à Ichiban Kura, c’est tout simple : c’est ici que vous pourrez goûter les meilleurs choux à la crème de toute la région.

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La boulangerie Becky, à Esashi
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Le chou à la crème de Ichiban-kura… un régal !

Je ne pourrais terminer ce petit article sans vous parler de certains des habitants emblématiques d’Esashi… à commencer par le maire. À 31 ans, Terui-san est le plus jeune maire du Japon. Ancien journaliste, non originaire de la région, il a été élu à l’âge de 29 ans seulement. C’est une personne qui travaille beaucoup pour son village, et qui a de nombreux projets.

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Avec Terui-san, mai 2016

Toujours de bonne humeur, très actif dans le village, le fabriquant de laques Muroya-san est LA personne à connaître à Esashi. Sans sa gentillesse et sa passion pour son village, beaucoup des charmes d’Esashi m’auraient sans doute échappés, et sans lui, je n’y aurais pas vécu toutes ces belles expériences.

Matsumura-san, enfin. Derrière la joie de vivre de ce petit vieux rigolo se cache une expérience difficile, la détention dans un camp sibérien durant la Seconde guerre mondiale. Il a d’ailleurs écrit un livre sur la guerre.

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Matsumura-san aime profiter de la vie !

Il y a beaucoup à voir et à faire à Esashi, et les habitants sont toujours très chaleureux. Si vous passez par Hokkaidō, n’hésitez surtout pas à y faire un tour !

Journal du 26 au 30 juin

J’ai été très occupée ces derniers temps, et si j’avais bien écrit mon journal, je n’avais pas eu le temps de le publier. C’est maintenant chose faite.

J’espère que mon récit aura pu donner au lecteur une idée de ce que peut être la vie professionnelle au Japon. Bien sûr, chaque expérience est différente, mais je pense que la plupart des profs de lycée employés à temps plein vivent plus ou moins la même chose.

Pour moi, l’écriture de ce journal a été bénéfique, et je vais le continuer, même si je ne le publierai pas. J’ai retrouvé le goût d’écrire, et j’ai trouvé le courage de débuter l’écriture d’une rubrique « Humeurs », dans laquelle je parlerai de ce que je vois de la société japonaise ou à Hakodate. J’ai toujours eu peur de lancer cette rubrique, car je sais que c’est un coup à se faire lyncher, genre « Tu connais rien du Japon ! » ou « Tu généralises, là, ma vieille ! », et je ne me sentais pas assez forte pour supporter ça. Mais j’ai réalisé qu’en fait je m’en foutais, et que mon avis ne valait pas moins qu’un autre (il ne vaut pas plus d’ailleurs non plus).

J’espère que cette nouvelle rubrique te plaira, cher lecteur, et surtout, n’hésite pas à me proposer des sujets !

Dimanche 26 juin

Je me lève à 7h, ce qui est exceptionnel pour moi. Aujourd’hui, c’est le grand jour pour le concours de présentations en anglais. Nous avons prévu de nous réunir à l’école à 12h, pour réviser une dernière fois avant de partir pour le concours.

Mais aujourd’hui, c’est aussi le marathon de Hakodate. Comme plusieurs collègues y participent, je veux aller les encourager. Malheureusement, il n’y a pas de bus suffisamment tôt pour me permettre d’arriver au stade pour le départ. Je décide donc d’aller jusqu’au marché Nakajima, là où les coureurs devraient passer.

J’aperçois deux copains, mais pas mes collègues. Je vais ensuite à un autre endroit, derrière le marché, où les coureurs devraient repasser après leur boucle. Il fait froid et il commence à pleuvoir. Là encore, j’aperçois seulement quelques copains et connaissances, mais toujours pas de collègues. Je commence à croire qu’ils ont menti et qu’en réalité ils ne participent pas au marathon. J Et là, j’aperçois l’un des profs de maths, qui me voit lui aussi et semble bien content.

Je pars ensuite pour l’école, où le tournage se poursuit. Après avoir rapidement mangé, nous faisons pratiquer nos élèves, puis nous partons vers 13h15. Le lycée où a lieu le concours est tout proche de notre école.

Le concours débute à 14h. Au total, huit équipes y participent, dont trois pour notre école. Les présentations se terminent vers 16h, puis nous avons une pause. Ensuite, une amie vient faire une présentation sur l’architecture, « Regards croisés Paris-Hakodate ». C’est vraiment très intéressant, et je me rends compte que je ne vois plus plusieurs mochetés du paysage urbain. Il y aurait tellement à faire pour améliorer le paysage de Hakodate !

Ensuite, les résultats du concours : l’une de nos équipes remporte le deuxième trop, une autre le prix « mention honorable ». L’équipe qui n’a rien gagné est évidemment un peu déçue. La cérémonie de clôture se termine vers 18h.

Je prends le tramway pour rejoindre mon mari et un de ses anciens collègues au restaurant. Sur place, nous croisons d’autres amis et nous continuons à boire avec eux. Et ensuite, nous croisons une écrivaine apparemment bien connue au Japon, auteure de best-sellers, qui nous invite à prendre un verre chez elle. Nous y allons, bien sûr. Elle a une chouette maison dans la montagne, avec une grande terrasse qui offre une vue magnifique sur toute la ville. Quel dommage que la maison soit la plupart du temps inhabitée !

Nous rentrons à la maison un peu après minuit, et je file au lit, épuisée.

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Le tramway de Hakodate, bien vintage

Lundi 27 juin

Avec 4h30 de sommeil seulement, le réveil est difficile, mais je suis à l’heure au travail. À partir de cette semaine, je vais devenir moins occupée et je devrais pouvoir rentrer chez moi assez tôt.

La matinée n’est pas trop dure, puisque dans mes deux cours je regarde High School Musical. Je ne sais pas combien de fois j’ai vu ce film, mais je connais certaines répliques par cœur. Le voir deux fois de suite est tout de même un peu ennuyant.

Le midi, je mange à la cantine avec mes collègues. Tout le monde est relativement tranquille, car je pense que tout le monde est fatigué.

L’après-midi, je n’ai qu’un cours, qui se passe normalement. Aujourd’hui, nous n’avons pas de club d’anglais, car nous faisons relâche après les présentations d’hier. J’en profite pour quitter le bureau vers 17h30, ce qui est vraiment tôt.

Mon mari a une soirée et ne mangera pas à la maison, et comme je n’ai pas envie de cuisiner pour moi seul, j’achète de quoi manger au supermarché. Le soir, j’aimerais commencer l’écriture de nouveaux articles pour mon blog, mais Momo ne l’entend pas de cette oreille. Elle veut vraiment des câlins, alors je m’installe dans le canapé pour qu’elle puisse venir dans mes bras.

Je me couche tôt, vers 22h.

Mardi 28 juin

Je me réveille à 5h et je suis en pleine forme. Je prends le bus, et j’arrive au travail vers 7h30. J’ai une journée un peu plus chargée aujourd’hui, à cause de la préparation aux entretiens du test Eiken.

Le matin, j’ai un cours avec les 3e année, et je dois entraîner quatre élèves pour le test Eiken. L’après-midi, j’ai un cours avec les 1re année, qui sont plutôt mollassonnes aujourd’hui. Ce n’est pas évident de donner un cours de conversation quand les élèves ne réagissent pas.

Après l’école, j’ai une élève pour la préparation à l’entrevue du test Eiken. Elle est censée venir à 16h30, mais quand je vois qu’elle n’est pas là au bout de 10 minutes, je quitte la salle de cours. Je décidé de ne pas aller la chercher dans l’école, car je considère qu’il est de sa responsabilité de venir.

Je retourne à mon bureau, corrige des tests et prépare de futures leçons. Je commence aussi à préparer les leçons pour la personne qui me succèdera, pour ne pas qu’il ou elle ait trop à faire à son arrivée. Je continue à travailler jusqu’à 18h, pensant que peut-être l’élève viendra, mais non.

Rentrée chez moi, je mets du riz à cuire et je joue un peu avec Momo. Elle a l’air vraiment contente, mais au bout de 10 minutes elle en a marre et s’allonge pour se reposer. Quelle faignasse !

Après manger, j’écris un peu puis je regarde la télé avec le chat. Je regarde le dernier épisode d’un drama que j’avais enregistré, et la fin me surprend agréablement. Le drama en lui-même était ordinaire, mais j’ai trouvé la fin belle. Cela m’a fait réfléchir aussi sur certains aspects de ma vie personnelle.

À 21h30, alors que je commence ma lecture, mon mari rentre du travail. Cela faisait depuis dimanche soir que je ne lui avais pas parlé, incroyable ! Car quand je pars, il dort encore, et quand il rentre, je dors déjà.

Mercredi 29 juin

Momo me réveille à 3h, sans raison apparente. Je l’appelle pour qu’elle vienne dormir avec moi, et elle arrête son bazar.

Aujourd’hui, je n’ai que deux cours au lieu de trois, car j’ai échangé mon heure de cours avec celle d’une collègue. Mes deux cours ont lieu en matinée, ce qui me laisse du temps en après-midi pour travailler en profondeur. Je continue de préparer la venue de mon ou ma remplaçante, en lui écrivant des petites descriptions pour chaque place et en préparant la première leçon à donner.

L’équipe de tournage du film est de retour à l’école, mais ils filment en extérieur, ce qui ne nous dérange pas trop.

À 18h30, je rejoins mon mari car nous sommes invités à manger chez un de ses collègues. Les rénovations de la vieille maison qu’il a achetée sont terminées, et la transformation est incroyable. Nous étions venus l’an dernier pour plâtrer les murs, et il y avait vraiment de gros travaux à faire.

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Une jolie pièce bien rénovée

Après manger, nous allons prendre un verre à l’extérieur. Les femmes restent à la maison pour s’occuper des gamins, ce qui me met mal à l’aise. Pourquoi ce ne serait pas l’inverse ? Les femmes qui sortent boire un coup et les hommes qui restent à la maison pour s’occuper des gosses ? Moi je n’ai pas d’enfant, alors je peux aller boire avec les hommes. Je les accompagne dans le premier bar, mais je décide de rentrer quand ils vont dans le deuxième. Je suis fatigué, et en plus je n’apporte pas grand-chose à la conversation.

Je me couche vers 22h30.

Jeudi 30 juin

J’ai une grosse journée aujourd’hui, avec trois cours et huit élèves à entraîner à l’interview du test Eiken. Durant deux de mes cours, nous regardons un film (c’est bientôt les vacances d’été !) et l’autre est un cours de français.

Certaines des élèves qui passent l’entrevue du test Eiken ne sont clairement pas à point. Il faut dire aussi que cette entrevue à un format plutôt particulier, qui déstabilise souvent les élèves. Je pense sincèrement que ce test est idiot, parce qu’il n’évalue pas correctement, selon moi, la compétence à s’exprimer oralement. Par exemple, il y a un exercice au cours duquel les élèves doivent reconstituer une histoire à partir de trois images. Le problème, c’est que parfois les images ne sont pas très explicites, et les élèves sèchent à cause d’un problème d’imagination, et non pas à cause d’un manque de compétences en anglais.

L’autre problème de la plupart des élèves est qu’elles formulent une réponse en japonais dans leur tête, réponse qu’elles essaient de traduire telle quelle en anglais… évidemment, en faisant cela, il leur manque du vocabulaire et elles n’arrivent pas à formuler leur réponse correctement. À aucun moment il ne leur vient à l’esprit d’utiliser des formules simples pour exprimer leurs pensées.

Je quitte le bureau vers 17h30, après ma dernière entrevue. Pour le dîner, je cuisine des nouilles udon froides avec de la viande hachée au miso. Comme je suis très fatiguée ce soir, je vais au lit tôt et je m’endors vers 22h. Demain, c’est juillet, et juillet, c’est mon dernier mois de travail à l’école… La plupart de mes collègues ne le savent pas encore, et mes élèves non plus.

Journal du 21 au 25 juin

Un tournage de film, un conseil de discipline… Nous sommes très occupés à l’école en ce moment ! Ce qui ne m’empêche pas de sortir m’amuser, et de faire de nouvelles rencontres !

Mardi 21 juin

Minuit dix, l’alerte du téléphone retentit : « Jishin desu ! Jishin desu ! » C’est l’alerte pour nous prévenir qu’un tremblement de terre va avoir lieu. Je secoue mon mari qui a le sommeil lourd et enfile un bas de pyjama, puis j’attends. Rien. Fausse alerte ? Déjà passé ? J’allume la télé et je découvre que le tremblement de terre a bien eu lieu, d’une force de 4 sur l’échelle shindo. Il n’y a pas d’alerte au tsunami, ce qui est rassurant. Au bout de quelques minutes, je retourne me coucher et je me rendors tant bien que mal.

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Shindo 4 en pleine nuit

À 5h, je me lève pour me préparer à aller au travail. Je suis fatiguée, et j’ai mal aux jambes, sans doute à cause de ma longue marche de dimanche.

J’ai une journée chargée au bureau aujourd’hui : en matinée, deux cours, plus l’entraînement de quatre élèves à l’entrevue du test Eiken. Le midi, j’ai une pause de 20 minutes, et je mange rapidement mon bentō, pour aller ensuite en réunion. Samedi matin, nos élèves de 1re et 2e années spécialité anglais vont accueillir des touristes étrangers arrivant par bateau croisière, et nous leur expliquons les grandes lignes de l’activité.

En après-midi, j’ai un cours avec les 2e année de collège. Elles sont vraiment dissipées, et je dois les rappeler à l’ordre plusieurs fois. Tout rentre dans l’ordre assez rapidement. J’enseignais à des élèves de ce niveau l’an passé, et je sais bien que c’est le moment où elles prennent confiance et se relâchent.

En fin d’après-midi, nous avons club d’anglais et nous continuons à préparer nos élèves pour le concours de présentations de dimanche. Je quitte le bureau vers 18h30. Je n’ai pas envie de cuisiner, alors j’achète un bentō pour mon mari, et moi je finis les restes. Ensuite, je regarde un peu la télé avec le chat, puis je lis et je me coucher vers 22h30. D’autres longues journées m’attendent…

Mercredi 22 juin

Je me lève à 5h, me prépare et part. Aujourd’hui, mon mari me laisse la voiture, ce qui m’arrange bien puisque j’ai un cours de français après l’école dans une autre partie de la ville.

Mon premier cours commence à 10h55, mais je dois être à l’école avant. En attendant mon cours, je m’occupe de corrections et de préparations de leçons.

J’ai trois cours aujourd’hui, mais ce ne sont pas des cours très demandant. Lors du premier, les élèves doivent lire un article scientifique en anglais et répondre à des questions. Le but est de leur montrer plusieurs choses, notamment le fait que l’on peut comprendre un texte a priori difficile en se servant de ce que l’on sait déjà. Je ne sais pas comment les élèves français ou ailleurs se comportent, mais au Japon, les élèves cherchent tous les mots qu’ils ne connaissent pas dans le dictionnaire. Je veux vraiment que mes élèves comprennent qu’il n’est pas nécessaire de comprendre tous les mots pour comprendre un texte, et que l’aptitude à deviner le sens en fonction du contexte est très importante.

Mon deuxième cours se fait avec mon collègue néo-zélandais. Nous préparons nos élèves à répondre aux questions qui leur seront très probablement posées par les passagers du bateau croisière samedi.

Après ma pause déjeuner, j’ai mon troisième cours. Comme il ne me reste que 3 cours avec cette classe d’ici les vacances d’été, nous commençons à regarder un film (High School Musical, que je connais par cœur à force de le voir plusieurs fois tous les ans).

J’ai ensuite une pause avant plusieurs travaux administratifs. Dans le parc de l’école, le tournage du film a débuté et les élèves sont tout excitées. Elles tentent d’apercevoir l’héroïne, sans y parvenir.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis mon arrivée à l’école, se tient un genre de conseil de discipline pour deux élèves. Je ne vous dirai pas ici pourquoi, mais je vais vous parler un peu du déroulement d’un conseil de discipline. Je ne sais pas si c’est dans toutes les écoles pareilles, par contre.

Les profs sont assis et l’élève debout au centre de la pièce. L’élève doit décliner son nom et sa classe. On lui demande ensuite pourquoi elle a été appelée ici et elle doit nous expliquer ce qu’elle a fait en détails, et nous dire pourquoi elle l’a fait. Ensuite, un ou plusieurs profs lui font un sermon, comme quoi c’est mal de faire ça, etc. La dernière question que l’on pose à l’élève est « Qu’as-tu appris de ton erreur ? ». Ensuite, on la met en garde pour lui dire qu’il n’y aura pas de prochaine fois, et au revoir !

Je suis toujours surprise que les élèves japonais reconnaissent immédiatement leur tort. Ils ne cherchent jamais à nier, à se défendre ou à se justifier. Ils reconnaissent leur erreur sans tente de la minimiser. Aussi, ils ne sont pas désinvoltes dans leurs explications et font l’effort de s’expliquer poliment.

Ensuite, nous avons notre réunion du groupe de profs responsables des 1re année de lycée, que nous devons abréger car une autre réunion nous attend après.

L’autre réunion est en fait un cours pour les profs. Cela a lieu une fois par an, et une personne extérieure vient nous faire un cours sur un sujet que l’on a choisi. Cette année, nous parlons de la façon de comprendre et de gérer les réactions des élèves ayant des troubles mentaux. C’est triste à dire, mais il y a de plus en plus d’élèves ayant des difficultés, le tout parfois mêlé à une histoire familiale triste. Le cours est très intéressant, mais j’ai malheureusement oublié d’amener mon dictionnaire et il y a plein d’informations qui m’échappent.

Le cours se termine un peu après 18h, ce qui m’arrange car je dois partir bientôt. En effet, à partir de 19h, je donne un cours d’initiation au français dans un centre culturel de Yachigashira, mon quartier favori. Ce n’est jamais désagréable d’aller là-bas, car les paysages et l’atmosphère du quartier sont extraordinaires. Mon rêve serait de vivre à Yachigashira, ou dans les quartiers adjacents.

Le cours en lui-même n’est pas très difficile, mais je ressens toujours un peu de frustration car c’est un cours mensuel, ce qui ne sert à rien, et de nouveaux étudiants se présentent à chaque fois. Mais je n’y peux rien, c’est la règle fixée par le centre culturel. Aujourd’hui, deux des élèves présentes ont un bon niveau de français. Elles cherchent un professeur pour des cours privés, ce que je n’aime pas trop, mais je prends tout de même leurs coordonnées car je n’ai plus de travail à partir du mois prochain.

Après le cours, je vais au Café Classic, où m’attend mon mari. Il discute avec un homme que nous connaissons, un photographe qui habite le quartier. J’adore aller au Café Classic, car ils font de délicieux croque-monsieur, mais aussi parce qu’on peut y sentir une certaine atmosphère de vie de quartier qui me plaît beaucoup.

Après avoir mangé et discuté, nous quittons le café vers 21h30. J’aimerais avoir la force de jouer avec le chat, mais je suis épuisée, et je file direct au lit pour lire. Je m’endors vers 22h30.

Jeudi 23 juin

Réveil à 5h. J’ai mal partout, alors que je ne fais pas de sport. Je sens que mon corps est fatigué, et je décide aussitôt que je prendrai mon congé du vendredi matin.

J’arrive à l’école à 7h20, et je commence à travailler fort pour pouvoir prendre mon congé demain. Je dois m’y mettre dès maintenant, car le reste de la journée va être intense.

J’ai 3 cours qui se suivent, de 9h55 à 12h45. Ensuite, c’est la pause déjeuner. Mon cours suivant, dernier cours de la journée, débute à 13h30. Ensuite, je poursuis mon travail et comme j’avance bien, j’enregistre un congé pour demain.

Dans l’après-midi, des élèves de 3e année viennent me voir pour me « demander une faveur ». Elles voudraient que je danse avec elles sur le titre « I’m a perfect human » durant le festival. Comme c’est mon dernier festival, j’accepte avec plaisir… mais j’ai un terrible problème de coordination de mouvements, alors je vais devoir répéter beaucoup. Heureusement, il me reste un mois pour me préparer.

À 16h30, c’est le club d’anglais. Nous travaillons jusqu’à 19h, et je quitte l’école peu après. Mon mari est rentré à la maison, il a toujours de la fièvre. Je m’arrête au supermarché pour aller acheter de la litière pour le chat. En rentrant, je cuisine un shōgayaki et nous commençons à manger vers 20h30. Je change ensuite la litière du chat, me repose devant la télé, puis je vais me coucher vers 22h30.

Vendredi 24 juin

Je me réveille à 7h. Quel bonheur d’avoir pu dormir autant en une nuit ! Je suis en forme, et je profite de ma matinée pour faire tout un tas de petites choses laissées en suspens. Je pars à 10h, et arrive au bureau vers 10h30.

L’équipe de tournage du film et les figurants sont présents en force. Aujourd’hui, ils filment à l’intérieur de l’école. Il y a des caméras, des projecteurs et des câbles un peu partout, et ce n’est pas évident de circuler. Va-t-on apercevoir l’héroïne du film, une jeune actrice bien connue ?

Je travaille sur tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire hier, mais c’est difficile de se concentrer car une scène se tourne juste à côté de la salle des profs. Lors des pauses entre les cours, nos élèves se précipitent pour essayer d’apercevoir l’actrice. Certains profs font la police pour les obliger à retourner en classe quand la sonnerie a retenti.

Le midi, je vais manger à la cantine. Une fois le カット! entendu, je me faufile hors de la salle des profs, et là, je la croise cette fameuse actrice. Mon Dieu qu’elle est petite ! Mais elle est drôlement mignonne. Je mange avec le prof de chimie, qui va jouer le rôle d’un prof dans le film. J’ai vraiment hâte de voir sa performance !

Après la pause déjeuner, c’est le début des cours. Je regarde Shrek 2 avec les élèves du collège, puis j’ai un cours d’anglais avec les 2e année de lycée. Ensuite, j’ai une réunion qui porte sur l’orientation des étudiants de 1re année. Je ne sais pas trop ce que je fais là, étant donné que je ne suis pas prof principale, et surtout étant donné que je n’enseignerai plus qu’à temps partiel après les vacances d’été.

Après cette réunion, c’est encore le club d’anglais. Nos élèves sont plus ou moins au point pour la présentation de dimanche. À 18h, je dois partir pour le pensionnat de l’école, pour une visite. Avec un collègue, nous mangeons avec les élèves de 1re année qui restent en pension, puis nous participons avec elles à la messe du soir. Je quitte le bureau vers 19h30.

Arrivée à la maison, je regarde la télé avec le chat. Il y a un programme rigolo qui parle de ce que certains mecs recherchent chez une fille. C’est assez « clichés », mais c’est drôle.

À 21h, je pars pour Daimon Yokochō, où se tient le « baru-gai ». Chaque restaurant du quartier propose une boisson et une petite assiette pour 500 yens. Je vais d’abord à « La Buvette », un bistro français que j’adore.

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Le jambon blanc de La Buvette

Ensuite, après avoir hésité, j’entre au hasard dans un autre resto. Il y a là un petit vieux que je connais. Je commande une bière avec une assiette, mais dans le même temps ce petit vieux décide de m’offrir un verre de blanc.

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Des gens partent et d’autres arrivent, et nous sommes tous rassemblés autour du minuscule comptoir. Il doit y avoir quoi, 10 places à tout casser dans ce resto. Au final, je me retrouve assise près du mur. Un homme entre et vient s’asseoir à côté de moi, la seule place qui reste, puisque le petit vieux qui m’a offert le verre de vin vient de partir. L’homme à côté de moi me regarde de temps à autre. Je pense qu’il a envie d’engager la conversation mais qu’il ne sait pas trop comment faire. J’ai l’habitude de ce genre de situation, ça m’arrive quasiment tout le temps. Les femmes sont moins timides que les hommes quand il s’agit de commencer à parler, je ne sais pas pourquoi.

Nos yeux finissent par se croiser, et on se sourit, mais on ne se parle toujours pas. J’ai fini ma bière et je voudrais en commander une autre mais j’hésite un peu. Je sais que dès que j’aurai commandé, l’homme d’à côté va en profiter pour engager la conversation, en commençant par le toujours très classique « Vous parlez bien japonais ! » Ce n’est pas que je ne veux pas qu’il me parle, au contraire j’adore discuter, mais c’est la phrase cliché du début de conversation qui me met mal à l’aise. Parce que je sais déjà ce que je vais répondre après, toujours la même chose.

J’ai seulement à moitié raison : l’homme en profite pour engager la conversation, comme je m’en doutais, mais il ne prononce pas la fameuse phrase habituelle. Il me demande si j’habite Hakodate. J’apprécie qu’il ne commence pas la conversation par ma « gaijinitude », et je me sens moins stressée.

La glace est rompue et on papote durant plus d’une heure, d’un peu de tout. Il s’appelle Kenji, et est journaliste sportif. Il travaille et vit à Tokyo, mais Hakodate est sa ville natale. Il est venu pour écrire un papier sur les courses de chevaux, et il en profite pour rendre visite à sa famille. Il est gentil, et sa conversation est intéressante. J’aime beaucoup ce genre de rencontre imprévue, car j’aime découvrir les gens. Et c’est aussi une bonne occasion de pratiquer mon japonais.

Il est bientôt minuit et je rentre en taxi. Il y a toujours des taxis qui tournent dans ce quartier, et j’en attrape un très vite. Quand je dis au chauffeur le nom du quartier où je vis, il me dit, surpris : « Ah mais oui, je vous connais, vous ! D’ailleurs, j’ai ramené votre mari l’autre jour ! » C’est génial, je n’ai même pas besoin d’expliquer la route au taxi ! Là encore, on papote, et le taxi se révèle être une vraie pipelette lui aussi !

J’arrive à la maison vers 0h30.

Samedi 25 juin

Réveil à 5h. Aujourd’hui, nous emmenons nos élèves de 1re et 2e année spécialité anglais accueillir les passagers d’un bateau-croisière. Généralement, lors de cette activité, nos élèves doivent renseigner les touristes. Comment peut-on aller ici ? Comment prendre le tramway ? Où puis-je acheter… ? C’est une bonne occasion de pratiquer leur anglais et les touristes sont toujours heureux de voir des lycéennes.

Mais aujourd’hui, le temps est mauvais, il pleut énormément et le vent souffle en tempête. Quand nous arrivons au port, nous voyons le bateau mais il ne peut pas accoster à cause du vent. Nous attendons dans les bus, et au bout d’une heure, le bateau finit par réussir sa manœuvre. Quand les premiers passagers commencent à débarquer, nous devons aller leur souhaiter la bienvenue. Il pleut toujours et c’est difficile. Nos élèves se donnent à fond, et elles leur font même la « danse du calmar », une danse locale très amusante à danser. Mais personne ne daigne leur jeter un regard alors qu’elles se démènent sous la pluie. Vers la fin, heureusement, une passagère se met à danser en rythme avec elle. Je ne sais pas qui est cette dame, mais je la remercie du fond du cœur. Cela a vraiment fait plaisir à nos élèves, et elles se sont bien amusées malgré la pluie.

Vers 11h, nous quittons le port pour revenir à l’école. Le temps est très mauvais, les touristes ne font que s’engouffrer dans les taxis qui les attendent, alors ça ne sert à rien de rester plus longtemps.

De retour à l’école, je mange le hamburger que la mairie nous a offert, puis je fais mon travail habituel. À 12h45, nous avons club d’anglais. Le grand jour est demain, et nous voulons répéter encore un peu. Je quitte l’école vers 15h.

Arrivée à la maison, j’ai faim, donc je me cuisine des œufs et du bacon vite fait. Vite fait, car je dois repartir sous peu. En effet, je donne un cours de cuisine française à Nanae, la ville voisine. La cuisine, ce n’est pas mon truc mais c’était la deuxième demande du centre qui organise ce cours, et je me sentais mal de refuser. J’ai proposé un truc très simple, des tomates farcies et un gâteau aux pommes.

 

Il y a beaucoup de dames âgées dans mon cours, et pour être franche, elles sont parfois un peu casse-bonbons. Elles vont très vite, et reviennent tout de suite me voir en disant : « Et après ? », mais moi je dois cuisiner aussi, et je ne suis pas en équipe comme elles, alors j’ai du mal à suivre.

Le cours se termine vers 20h, et ensuite je rentre chez moi. Je regarde Shrek 2, pour faire des feuilles de travail pour mes élèves de collège. Je trouve le film rigolo, mais je me demande comment font les gens pour comprendre toutes les références culturelles qui s’y trouvent.

Ensuite, je lis un peu et je me couche tôt. C’est à peine croyable que je sois au lit avant minuit un samedi soir, mais demain, je dois encore bosser !